De Danièle Linhart, sociologue, à Laurent Cantet, cinéaste « social » : mutations du travail et crise identitaire du salarié

14 Oct

« Produire un salarié nouveau »

Danièle Linhart commente ici la question du brouillage identitaire à l’œuvre au sein de l’entreprise. Selon elle, l’individualisation du travail a pour finalité de « produire un salarié nouveau » en opérant chez lui une métamorphose identitaire, une « transaction narcissique » qui consiste à obtenir son adhésion pleine et entière à une éthique d’entreprise, tout en lui faisant croire qu’il va pouvoir s’y épanouir à titre individuel.

« A qui appartient le travail ? À l’employeur, au salarié ou à la société ? »

Lisons donc la réponse de Danièle Linhart à cette question qui lui a été posée par la journaliste Nadia Djabali pour le magazine en ligne Bastamag !

« Le travail appartient, du point de vue, de sa productivité aux employeurs qui le rémunère. Mais quand quelqu’un est au travail, il ne travaille pas seulement pour son employeur, il apporte aussi sa contribution à la société. Or la modernisation managériale se caractérise par une sorte d’appropriation de l’essence même du travail. Le management moderne demande aux salariés non pas de prendre en compte les besoins des clients et de la société, mais de prendre en compte les exigences et les intérêts de la seule entreprise pour laquelle ils travaillent. Et ce, sur un mode un peu narcissique : si vous êtes le meilleur, nous serons les plus performants. Le pari managérial de la modernisation, c’est de placer les aspirations narcissiques individuelles au service des besoins de l’entreprise et de sa rentabilité. Nous ne pouvons pas accepter que le travail se déconnecte complètement de ce qu’est la société, de ses besoins et du débat public sur ce que doit être le travail et à quoi il doit servir. Dans les années 1950 et 1970, ces enjeux étaient relayés par les collectifs de salariés, par les organisations syndicales et les partis politiques qui mettaient le travail au cœur des enjeux politiques et sociaux. Cela s’est perdu. Nous ne pouvons pas accepter que le travail n’appartienne qu’aux seuls employeurs. C’est comme s’il y avait une appropriation privée de la vie des gens, du sens, des valeurs et des finalités de leur activité. »

Et Linhart éclairera Cantet…

Voilà peut-être pourquoi le réalisateur Laurent Cantet, après avoir filmé la violence psychologique à l’œuvre dans le monde du travail dans son film Ressources Humaines, interroge, avec L’Emploi du temps, la place du travail dans la construction psycho-sociale d’un individu et s’intéresse à l’utopie d’un monde sans travail.
Venez échanger et débattre avec Danièle Linhart autour de ce film après la projection organisée dans le cadre de Cin’Eiffel +, votre rendez-vous « Cinéma et société », le samedi 19 octobre, 15h, à la Médiathèque Gustave-Eiffel !

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