Scènes des évasions perdues : dream in a deathcar…

3 Nov

Une explosion poétique à l’intense désespoir

Arizona Dream est une explosion poétique d’Emir Kusturica, une fable débridée à l’intense désespoir, un questionnement sur la possibilité de « vivre sa vie » dans un monde d’adultes. Que deviennent les rêves dans un tel monde ? Chacun des personnages est ici en équilibre, dans une précarité existentielle lumineuse : entre homme et enfant, mère et fille, épouse et amante, entre vie et mort, fiction et réalité… Chacun, à sa façon, confronté à ses rêves à ses démons, lutte pour ne pas sombrer. Devenir soi-même, sans renier son imaginaire, ni verser dans la folie : telle est l’impossible équation…

Arizona Dream est un film traversé par une énergie débordante, porté par une bande son magnifique (Goran Bregovic et Iggy Pop), et par des acteurs ahurissants, au diapason les uns des autres : Johnny Depp, Faye Dunaway, Jerry Lewis, Lili Taylor et Vincent Gallo – tous remarquables, en harmonie, joyeusement désespérés : en tension.

Paul Léger, métaphore de l’inéluctable pesanteur de l’homme

Mention spéciale à Vincent Gallo qui incarne Paul Léger, un acteur raté se prenant pourtant très au sérieux. Il est notamment irrésistible dans une imitation de Raging Bull, se superposant aux corps et aux voix de De Niro et Pesci dans une salle de cinéma. C’est aussi cela Arizona Dream : un vibrant hommage au cinéma… version Kusturica !

Mais c’est une autre parodie que nous voulons mettre en évidence ici…

Nous avons projeté, le 10 octobre dernier, L’impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks, une screwball comedy de référence, porté par un couple mythique : Katharine Hepburn et Cary Grant.

Ce dernier a incarné à l’écran, et alterné, des rôles comiques et des rôles plus sérieux. Pour le grand public généralement, la première association qui vient à l’esprit en évoquant Grant est Hitchcock. Il a  en effet collaboré à plusieurs reprises avec le maître du suspens : Soupçons, Les Enchaînés, La Main au collet, La Mort aux trousses.

Précisément, dans Arizona dream, qui est aussi, à sa façon (à la manière du pastiche) un hommage de Kusturica au cinéma et à son histoire, Vincent Gallo, sous les traits de Paul Léger, nous offre, lors d’un concours/exhibition dans un café, une imitation de la scène mythique de La Mort aux trousses.

Paul Léger incarne cette difficulté à être soi et à vivre sa vie « légèrement » ; en effet, il se réfugie derrière la figure métaphorique de l’acteur pour, en permanence, jouer : sur son identité, sur ses rapports à l’autre, sur sa place dans la société, etc. Paul Léger joue un jeu sans trop de conséquences, ou de risques. Ce qui n’est pas le cas du trio composé d’Axel, Elaine et Grace qui mettent, physiquement et psychiquement, passionnellement, leur vie en jeu… Arizona dream est un film qui ne cesse d’interroger la personnalité et l’identité, et se révèle pessimiste dans sa conclusion : les rêves deviennent rarement réalité et le désir d’évasion, le plus souvent, se confronte à un principe prosaïquement matériel. Arizona dream, au propre comme au figuré, nous donne à voir et à ressentir le prix de la gravité : l’inéluctable pesanteur de l’homme…

Voué à se perdre dans les arides espaces désertiques de l’Arizona… ou à contempler son impossible reflet dans les glaces polaires de l’Antartique… Mais toujours en musique et dans une deathcar à la banquette en cuir élimé…

Benoît N.

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