Viva Riva ! : Kinshasa au coeur d’un thriller congolais

24 Nov

Viva Riva !
Viva Riva ! est un film congolais de Djo Tunda wa Munga de 2010. Un film coup de poing, une véritable bonne surprise !

Synopsis. Riva est de retour à Kinshasa après un exil de plusieurs années en Angola où il a fait fortune. Dans cette ville où ceux qui n’ont rien envient ceux qui ont tout, où la pauvreté la plus sombre côtoie les signes (et les scènes) de richesse les plus obscènes, Riva revient pour mener la vie dont il a toujours rêvé, celle des nouveaux maîtres de la ville et de la nuit : sexe, drogue et fêtes sont les ingrédients qui rythment ses journées et ses soirées, et qui doivent faire de lui un homme de pouvoir. Sauf que Riva  a volé l’argent qu’il possède à un truand angolais pour lequel il travaillait, et qui, bien décidé à remettre la main sur son dû (ainsi que sur sa cargaison de carburant que Riva lui a dérobé, et qu’il a pour objectif de revendre à prix d’or dans un Kinshasa sevré d’essence), va le traquer sans relâche dans les rues de la capitale congolaise, n’hésitant pas à employer les méthodes les plus radicales, quitte à répandre le chaos autour de lui…

Viva Riva ! est un thriller haletant qui tient un rythme effréné tout au long du film, malgré quelques maladresses et un côté série B assumé. Surtout, Kinshasa, véritable personnage central, discret et omniprésent, palpitant, est filmé comme Ferrara a pu filmer New York : une capitale à l’oxymore organique, où la richesse d’un tout petit nombre se moque de la détresse du plus grand. Kinshasa, sous la caméra de Djo Tunda wa Munga, s’offre comme un territoire trépidant, énergique et émulsif où tout est possible, où l’on peut errer jusqu’à l’indifférence, sans souci de l’autre, et où la vie côtoie la mort à chaque coin de rue. S’il y a du Ferrara dans Viva Riva ! (on pense notamment à King of New York, chef-d’œuvre générationnel du début des années 90, et film culte), il y a aussi indéniablement, dans ce polar surviaminé, du Benda bilili !, documentaire de Renaud Barret et Florent de La Tullaye qui filmait Kinshasa par le biais de ce groupe de musiciens paraplégiques : on y retrouve la même urgence de la survie et une certaine vitalité, portés par une bande son très entraînante.

Viva Riva ! est aussi un film sur l’amour, exposant les corps dans toute leur sensualité : Riva, tombé fou amoureux de Nora, n’aura de cesse de la conquérir au péril de sa vie, et au mépris de la plus petite prudence. Mais c’est surtout un film sur le pouvoir ou le mirage dévastateur de l’argent, sur la destruction du tissu social, de l’entité même de communauté, lorsque le gouffre s’installe entre les différentes classes de la population, jusqu’à l’irréversible : certains comme Riva sont prêts à tout pour s’en sortir, quitte à écraser son prochain. Ce que nous montre ce film, c’est encore une société mise en danger, vérolée de l’intérieur par son propre vivier : sa jeunesse, désirant vivre une autre vie que celle de leur parent… On ne peut s’empêcher de voir dans le film une allégorie dénonciatrice de nos sociétés occidentales et du vice que le fétiche de l’argent insinue dans les cultures, faisant croire qu’il peut être la solution aux problèmes, ou à une vie meilleure. L’argent, ici, symbolise l’émergence d’un type d’individu et d’individualisme au détriment du concept même de société. En ce sens, on se rappellera à la scène où Riva retourne voir ses parents à la fin du film, et où deux générations, deux cultures, deux éducations se confrontent, s’opposent, ne se comprennent plus : le fils finira par frapper son père (et la tradition qu’il incarne), après que celui-ci l’aura renié, ne reconnaissant plus son fils dans l’individu assoiffé de richesse qu’il est devenu et prêt à tout pour parvenir à ses fins. Sauf que fin souvent rime avec mort.

Viva Riva ! est le premier film congolais depuis plus de vingt ans et le premier à être tourné, en partie, en Lingala. C’est un film rare et un film aux qualités très appréciables qui mérite le coup d’œil pour qui aurait la chance d’en croiser une copie !

Benoît N.

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