Cultures, mixité, altérité : Petit à petit, une docufiction de Jean Rouch

26 Nov

Jean Rouch

Jean Rouch naît à Paris en 1917 et meurt accidentellement en 2004 au Niger, lors d’une ultime mission dans ce pays qu’il avait découvert en 1941 et qu’il finit par adopter comme sa seconde patrie, y séjournant chaque année et n’ayant de cesse de filmer ses rites et coutumes, son mode de vie. Plus largement, c’est une grande partie de l’Afrique noire qu’il contribuera à faire connaître.

Ethnologue et cinéaste, inventeur de ce que l’on a l’habitude d’appeler l’ethnofiction, sous-genre de la docufiction (qui a pour ambition, dans une volonté de cinéma direct, de capturer la réalité « telle qu’elle est »), il laisse une œuvre majeure, avec notamment plus de 120 films.
Par son travail, son engagement, Jean Rouch transforma notre regard sur les civilisations africaines, d’hier et d’aujourd’hui.

Petit à petit, que nous projetons jeudi 28 novembre au Cin’Eiffel de Levallois, dans le cadre du Mois du film documentaire, est un parfait exemple de l’approche ethnologique et cinématographique de Jean Rouch. Le film débute à Niamey au Niger, se poursuit à Paris, avant de revenir à Niamey (avec une incursion aux Etats-Unis…). Damouré, à la tête d’une entreprise d’import-export, se rend à Paris pour voir à quoi ressemble les « maisons à étage » et comment on peut vivre dedans, dans le but d’en construire de semblables à Niamey. C’est alors l’occasion pour Rouch de procéder à une étude comparative des cultures africaines et occidentales, à l’assimilation de l’une par l’autre, à leur irréductibilité, à leur mélange, à leur apport respectif… Damouré s’aperçoit très vite que la vie parisienne n’est pas transposable en l’état à Niamey…
Petit à petit, qui date de 1971, n’est ni tout à fait un documentaire, ni tout un fait une fiction, mais bien l’un et l’autre : une docufiction. Un documentaire mis en scène, peut-être parce que la vraisemblance ou le vraisemblable (une réalité rendue nécessaire au sens où l’entendait Aristote dans sa Poétique – nécessité que rend possible le format court d’un film) permettent de mieux appréhender les différences de deux civilisations qui, plutôt que de réduire l’une à l’autre, ont à s’enrichir l’une de l’autre. Il est beaucoup question dans ce film de la possibilité même de la mixité, de la coexistence de différentes cultures dans une même société, dans le respect de chacun. C’est en cela aussi que petit à petit est un film remarquablement moderne.

Petit à petit est encore une réflexion sur le capitalisme et sur le mirage exercé par l’occident (tel un nouvel Eldorado) sur le reste du monde. Cette docufiction de Rouch est très subtile en ce que son propos n’est ni dichotomique ni naïf : elle nous apprend à respecter l’autre, au sens le plus fort de l’altérité, et à nous questionner sur l’importation/exportation de nos modes de vie qui, implacablement, doivent faire avec leur environnement.

Benoît N.

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