Un bonheur polémique… et inaccessible ?

22 Déc

Vous étiez près de 90 spectateurs, jeudi 19 décembre, à assister à notre ciné philo exceptionnel autour du Bonheur d’Agnès Varda, en présence du philosophe Jean Salem !

Cette histoire, simple en apparence, nous donnant à voir le bonheur d’une famille (François, Thérèse et leurs deux enfants, Gisou et Pierrot – joués par la famille Drouot), a suscité de nombreuses réactions.

Jean Salem, grand penseur des questions relatives au plaisir et au bonheur, de constitution épicurienne comme il l’a rappelé, s’est attaché, en lien avec le film, à nous ouvrir des pistes de réflexion sur ce qu’était, ou pouvait être, le bonheur – ou la recherche du bonheur plus précisément. Il a notamment insité sur la plénitude que cette notion implique et qui est remarquablement incarné, dans le film d’Agnès Varda, par le personnage de François, qui aime sa femme et qui aime aussi Emilie, expliquant très « naturellement » que cet amour ajoute à son amour, aimant de cette façon encore plus : « le bonheur, ça s’additionne », déclare-t-il à sa femme.
Ce qui a pu dérouter, voire choquer certains spectateurs, c’est que François, sa femme morte, se mette aussitôt en ménage avec celle qui était sa maîtresse, mais qui à aucun moment, durant le film, n’a été présentée de la sorte : Emilie en effet était une des deux femmes qu’il aimait, et, elle, elle était vivante…

François, dans cette logique assez irréaliste ou idéale du bonheur, inconsistante d’une vie rêvée, presque pelliculaire, aime naturellement, sans se poser véritablement de questions ou, en tout cas, sans avoir de cas de conscience : c’est pourquoi il apparaît comme un homme sans scrupules, sans remords, sans morale ; il est tout simplement soumis (ce qui fait écho à la phrase de Paul Meurisse, entendue dans la télévision au début du film et extraite du Déjeuner sur l’herbe de Jean Renoir : « Le bonheur, est-ce que ce ne serait pas la soumission à l’ordre naturel ?) à sa nature, qui est d’être heureux et d’aimer.

Au-delà des vives réactions auxquelles il a donné lieu, Le Bonheur est un film très beau, déployant une logique chromatique inédite, et dans lequel Agnès Varda expérimente véritablement des procédés cinématographiques : fondus au bleu, vert, jaune, rouge, montage alterné rapide, montage coupé ralenti, etc.

C’est encore un film, sinon féministe, où la femme assume aussi son indépendance et revendique sa liberté : n’est-ce pas en effet l’épouse modèle, la femme au foyer, qui meurt, et la femme libérée, celle qui a déjà connu des hommes, qui vit ?

Un film à voir assurément, et à méditer… et à revoir… pour le méditer à nouveau…

Benoît N.

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Une Réponse to “Un bonheur polémique… et inaccessible ?”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Cin’Eiffel 2014 : ça démarre fort ! | Cin'Eiffel - 8 janvier 2014

    […] Par bien des aspects, ce film de 1965 s’inscrit dans la continuité de notre précédent, Le Bonheur d’Agnès Varda. En effet, il y est là aussi question de la recherche du bonheur : Giuletta […]

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