Lore de Cate Shortland : une jeunesse hitlérienne, bourreau et victime dans l’Allemagne nazie.

26 Déc

Fille d’un haut dignitaire nazi et membre des jeunesses hitlériennes, Lore, 16 ans, se réveille en mai 1945 dans une Allemagne défaite et dévastée : la guerre est finie, le Führer s’est suicidé. Son père puis sa mère sont emprisonnés ; elle doit, accompagnée de ses frères et sœurs, traverser l’Allemagne, alors partagée en 4 zones par les armées d’occupation, et rejoindre Hambourg où vit sa grand-mère. En chemin elle rencontre Thomas, jeune juif évadé d’un camp, qui leur vient en aide.

Ce voyage de quelques jours, au terme duquel rien ne sera plus jamais comme avant, est la temporalité même du film ; il prend la forme d’une véritable quête initiatique.

Lore, enfant des bourreaux et des vainqueurs d’hier, a grandi dans un monde sûr, confortable, pétri de vérités sur l’ordre, la supériorité de la race aryenne, l’inamovible hiérarchie sociale, la passion d’un peuple pour son chef, dans un empire qui devait durer 1000 ans ; elle appréhende d’abord mal l’écroulement de ce monde : la méfiance et le rejet des paysans pourtant allemands comme elle, le système D indispensable à la survie de chacun, la déroute et la folie des hommes, le secours improvisé d’un juif. La rencontre avec Thomas, d’abord obstinément rejeté parce que juif, lui révèle l’ambigüité et l’ardeur du désir ; la découverte des mensonges de sa famille et du Reich éveille sa conscience. Cette incompréhension se transforme peu à peu en trouble puis en révolte. En tant qu’Allemande et fille de nazi, elle porte les stigmates des bourreaux ; en tant qu’enfant, elle est aussi la victime des ses parents. Jusqu’où doit-on porter les crimes de ses parents et de sa patrie ?

Cate Shortland s’est inspirée pour ce film d’une nouvelle du recueil la Chambre noire de Rachel Seiffert. Elle incorpore, à mon avis avec bonheur, au film des éléments qui n’existent pas dans la nouvelle : elle alterne paysage urbain, détruit par les bombes, et forêts presque envoûtantes, magnifiées par le point de vue de la jeune fille et le regard des enfants. La réalisatrice n’a pas oublié que les enfants, même confrontés à la peur, à la faim, à la destruction, gardent cette capacité étonnante à s’évader, à jouer et à vivre leurs rêves dans les pires moments. Dans un contexte assez différent, puisqu’il s’agit d’un film d’animation, Isao Takahata, en réalisant Le Tombeau des lucioles , utilisait une approche assez semblable.

Un montage elliptique, les gros plans et les silences des personnages participent également à la subtilité et à l’efficacité du film.

Le DVD est maintenant disponible à la médiathèque.

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