En passant

L’amour rend fou… Et l’absence d’amour aussi…

7 Fév

L’absence d’amour rend fou… L’amour aussi

La projection du Boucher, de Claude Chabrol, a donné lieu à une très belle soirée, jeudi 6 février, au Cin’Eiffel de Levallois.

Vous étiez un peu plus de 60 a découvrir ou redécouvrir les amours impossibles d’Hélène, l’élégante institutrice cultivée, incarnée par Stéphane Audran, et Popaul, le boucher traumatisé par ses 15 années d’armée et pour lequel tous les sangs ont la même odeur, joué avec saveur par Jean Yanne…

Les deux acteurs sont au diapason l’un de l’autre tout au long du film et leur complicité n’est pas étrangère à l’atmosphère à la fois légère et lourde, tout en nuance et finesse, que l’on ressent du début à la fin. C’est là la marque de Claude Chabrol.

Elle, idéaliste blessée à jamais par une histoire d’amour douloureuse, pour laquelle les désirs doivent se muer en aspiration, pense que l’amour rend fou ; lui, après avoir vécu et vu le pire au cours des guerre d’Indochine et d’Algérie, amoureux, pense tout le contraire : c’est l’absence d’amour qui rend fou. De ce dialogue qui n’est pas celui de sourds, on comprend vite que la tragédie guette leur histoire et que leur rencontre, loin d’avoir été placée sous le signe de l’amour, s’achèvera dans la mort…

Chabrol est un maître : tout paraît lisse (la province, les gens, les relations entre les gens, leurs histoires) et tout est plus compliqué, plus nuancé, plus humain : chacun possède ses secrets, le village paisible est le lieu de crimes à répétitions… La rivière qui traverse le village, comme la grotte dans ses alentours, marquent des lignes inéluctables de fragmentations et de fractures, qui semblent nous dire que, dans la vie, rien n’est jamais simple : ou, en tout cas, aussi simple que ce qu’il paraît.

Les scènes et les plans se répètent, au degré près à chaque fois, pour insinuer en nous le doute, l’opportunité même du soupçon, la possibilité d’être inquiétés. On se rend compte que l’assymétrie initiale entre Hélène et Popaul (seule la scène de mariage, inaugurale, celle de leur rencontre, nous les présente dans un rapport d’égalité, que le long travelling arrière qui nous les montre allant jusqu’à l’école où réside l’institutrice conforte, tout en actant déjà leur séparation, premier signe de la rupture sous le patronnage du monument au mort) est relayée par des effets de mise en scène, auxquels chacun est lié : plan de plongée pour Popaul, contre-plongée pour Hélène. Ces motifs récurrents rythmeront l’ensemble du film. Ils ne sont pas du même monde et ça se voit : et, dès les premiers plans, les dés sont jetés…

Voilà, ce que Chabrol met à mal, ce sont bien les apparences et les clichés, les caricatures qu’elles véhiculent. Popaul n’est pas un être mauvais, malgré les crimes qu’il commet, comme Hélène n’est pas exempte de responsabilités : ce que la fin nous montre, à mesure que l’on s’éloigne du visage d’Hélène, et du village que l’on quitte pour la première fois, remplis de brouillard, c’est bien la possibilité d’interroger sa responsabilité dans la mort de celui qui l’a aimée. Une responsabilité qui, à la façon des tragédies grecques, semblent être inscrite dans l’identité de l’homme…

Une responsabilité en question

Qu’il soit ou non sorti de sa grotte.

Benoît N.

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