Lars von trier : « persona grata » d’une certaine idée du cinéma

24 Fév

Quelques raisons pour aller voir Nymphomaniac

(Partie 2)

Au-delà de la parenthèse et de ce qu’elle recèle, contient et exprime, quoiqu’il en soit des interprétations plus ou moins fiévreuses et (in)justifiées qu’elle peut entraîner, Nymphomaniac est un grand film de Lars von Trier : il y a donc de bonnes raisons de le voir.

Tout d’abord, Nymphomaniac n’est certainement pas le film qui nous était annoncé ! Il est nettement plus fin que cet opus faussement pornographique et sulfureux que l’on a voulu nous vendre. Certes il y a des scènes de sexe. Certes certaines d’entre elles sont crues, voire choquantes ou violentes.
Mais ce n’est pas un film pornographique. Nymphomaniac développe un propos fort, posé et réfléchi, entre abstraction et incarnation, comme un parti pris de base : c’est la nymphomanie de Joe qui est traitée sous l’aspect du verbe, de la voix et de l’imaginaire – de la répétition. Joe, c’est le corps refait mot, le mot se réappropriant l’identité du corps. Ce en quoi cette nymphomanie, qu’elle soit ou non pathologique, est indissociable d’une forme de mythomanie qui confine, à la fin, à la mythologie : à savoir à la création d’une identité, à la constitution d’une intimité, réelle ou fantasmée peu importe.
Nymphomaniac est cette recherche identitaire sous l’aspect du sexe, déclinée et appréhendée grâce à la parole (une espèce d’exhortation, de catharsis presque). Si Nymphomaniac est indéniablement une oeuvre esthétique, elle a partie liée aussi au littéraire et à ce pouvoir du récit qui permet, et même qui guide, la mise en image.

Par ailleurs, Nymphomaniac est un film qui est l’oeuvre d’un véritable artiste, au projet ambitieux et proprement cinématographique. Lars von Trier a le goût et l’art de la mise en scène, des situations et des relations limites que viennent servir des plans originaux et inattendus ; c’est encore un cinéaste d’ambiance et de tension ; il possède enfin le don de la direction d’acteurs.
Là où il pêche encore certainement, c’est dans l’écriture des dialogues et dans la faible profondeur de certaines de ses théories, dites philosophiques. Certains propos autour de la religion, du débat entre bien et mal, sont parfois caricaturaux et auraient mérité d’être réécrits, ou précisés, ou nuancés.
Mais ces faiblesses lui sont vite pardonnées et sont vite évacuées, tant l’ensemble du film, son ampleur et sa folie, sont cohérentes et sensibles. Lars von Trier est un cinéaste imaginatif qui possède la maîtrise et la technique de son art. Ca sonne comme une Lapalissade, mais il faut bien avouer qu’ils sont une poignée de cinéastes seulement pour lesquels on peut dire ça… On a affaire ici à du cinéma, qu’on l’aime ou non d’ailleurs.
C’est pourquoi, sans tomber dans l’idolâtrie et en étant conscient des limites de certaines scènes ou séquences du film, il faut soutenir des réalisateurs comme Lars von Trier, quoique l’on puisse penser de lui et de ses provocations : car ce sont des tels cinéastes qui donnent ses lettres de noblesse au cinéma comme 7ème art et qui lui font atteindre des sommets !

Soulignons enfin le casting sans faute du film : la performance de la jeune Stacy Martin est remarquable, comme la confirmation du talent de Shia LaBeouf.
Les seconds rôles, eux aussi, sont parfaits : Uma Turman en épouse trompée, Willem Defoe en homme d’affaires sans scrupules, Jamie Bell en maître fouet !
Sans oublier bien sûr Charlotte Gainsbourg, à la hauteur des rôles et des mises en danger auxquels elle a su nous habituer depuis de nombreuses années, et chez Trier en particulier (on se souvient de son Prix d’interprétation à Cannes pour Antichrist).

Lars von Trier à la Berlinale 2014

Lars von Trier à la Berlinale 2014

Pour plagier le « persona non grata » qui ornait le tee-shirt qu’il portait lors de la dernière Berlinale et qui faisait référence à son exclusion du Festival de Cannes en 2011 (déclaré par les organisateurs « persona non grata » à la suite des propos polémiques qu’il avait tenus sur Hitler et qui lui coûtèrent, très certainement, la Palme d’or pour Mélancholia), nous avons envie de continuer à défendre Lars von Trier pour l’ensemble de son oeuvre de cinéastes et d’écrire simplement : Lars von Trier, persona grata d’une certaine idée du cinéma.

Benoît N.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :