En passant

Sorties de « Bureaux »

25 Mar

 

La projection des Bureaux de Dieu de Claire Simon le samedi 15 mars a donné lieu à une riche discussion pour laquelle nous remercions le public, aussi attentif que réactif !

Les éclairages apportés par Sophie Lortat-Jacob, conseillère conjugale et familiale au Centre de planification de Levallois, répondaient à des questions qui ont porté principalement sur 2 aspects :

Les choix de réalisation

Et en premier lieu le casting : des actrices professionnelles averties face à des amateures, dans le but de préserver la spontanéité de la rencontre et de la parole. En mettant ainsi en scène ces entretiens qui font intervenir des femmes et des jeunes filles d’âges, d’origines et de milieux différents, le film brosse un tableau de toutes sortes de difficultés que les femmes rencontrent, en alliant l’authenticité de la parole et l’universalité de la condition féminine. Plusieurs spectatrices ont d’ailleurs souligné la qualité de l’interprétation de ces actrices non-professionnelles.

Un filmage contrasté : une caméra virevoltante, en adéquation avec l’intensité de ce qui se déroule au sein des bureaux mais, en revanche, des plans resserrés sur les visages lors des entretiens, qui marquent autant les états d’âme des consultantes que l’écoute active des conseillères. La qualité des silences qui ponctuent les échanges, la communication non-verbale qui s’avère déterminante pour appréhender ces situations particulières sont très bien rendus à l’écran.

Le métier de conseillère conjugale et familiale : sa formation, son rôle et sa réalité professionnelle

Sophie L.-J. est revenue pour nous sur cette formation : une professionnelle, titulaire de l’agrément au conseil conjugal et familial, délivré par le Ministère des Affaires Sociales,  après une formation de 3 années ; astreinte à une formation continue permanente, ainsi qu’à des supervisions régulières (analyse de pratique) et tenue au devoir de confidentialité. Dans la fiction, comme dans la réalité, chaque entretien auquel on assiste expose une situation et des réactions émotionnelles. La conseillère – neutre par définition – écoute, rassure, informe, aide les femmes et les jeunes filles à y voir plus clair ou à prendre une décision.

Cette décision peut concerner une Interruption Volontaire de Grossesse. Le délai légal pour procéder à une IVG est évoqué dans le film, c’est pourquoi Sophie L.-J. a spécifié certains éléments liés à la légalité du recours à l’IVG, toujours d’une grande actualité car encore sujette à controverses. Elle est aussi revenue sur la différence existante entre les Centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) organisés et financés par le Conseil général et le Planning Familial, associatif et militant, dont la notoriété génère une certaine confusion dans l’esprit du public. Ceci étant, Les Bureaux de Dieu (qui sont ceux du Planning) est un film sur le désir des femmes de contrôler leur fécondité, sur leur vie sexuelle et affective, non pas sur le féminisme. Une interrogation a par ailleurs émergé autour des parcours de vie et plus spécifiquement de la grossesse comme incarnation du désir inconscient de certaines des consultantes dans le film, malgré un contexte défavorable : quand le sentiment amoureux « prend corps »…

Un point a opportunément été fait sur l’accompagnement par les Centres de planification des mineures souhaitant mener leur grossesse à terme ainsi que sur les solutions proposées dans l’optique d’un accouchement sous X. Un autre aspect du travail a été souligné : celui de la prévention des risques et d’éducation à la sexualité dans le milieu scolaire, très insuffisant malgré la loi du 4 juillet 2001 qui prévoyait pourtant « qu’une information et une éducation à la sexualité soient dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins 3 séances annuelles ». Sophie L.-J., de son côté, mène régulièrement des actions de sensibilisation par le biais de réunions au sein de certaines écoles primaires et du collège.

Pour finir, il a été question de la place des hommes, encore discrète, en ce domaine. D’après notre conseillère, qui en a tout de même reçu quelques-uns, la question de la présence du père en consultation est « celle que l’on veut bien lui laisser ». Si Les Bureaux de Dieu est un film singulier, c’est parce qu’il s’y dit des choses que le cinéma, sans doute parce qu’il est majoritairement masculin, mais aussi et surtout parce qu’il ne s’intéresse pas à ces « affaires »-là, laisse habituellement pudiquement de côté…

Rendez-vous pour un autre débat lors de la prochaine et dernière séance Cin’Eiffel+ de la saison samedi 5 avril avec le documentaire de Sébastien Lifshitz Les Invisibles autour de la thématique : « Tous différents, tous égaux : se choisir » !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :