Il était une fois dans l’Est

3 Avr
Fans de Louis de Funès mâtiné de Borat transmuté en Chine…, les films Le Festin chinois, (Jin Yu man tang ou The chinese Feast , 1995) et Crazy Kung Fu (Gongfu ou Kung Fu Hustle, 2004) sont des classiques faits pour vous.

                

Régalez-vous dans tous les  sens du terme, amusez-vous, hilarez-vous.

Absurdité,  grotesque invraisemblable et grandiloquence baroque sont au programme.

Mais sous l’aspect comique et délirant, il s’agit d’Art. Pas de panique, vous avez bien lu !

Il s’agit de l’Art du Kung Fu.

Flying Shaolin Kung Fu Monk

En Occident, le terme Kung Fu est restreint aux arts martiaux, mais son sens originel désigne l’accomplissement, la réalisation, l’effort et la maîtrise d’une discipline par l’exercice et la technique. Le kung fu est ainsi un talent (quel qu’il soit : martial, artistique ou gastronomique), fruit d’une pratique assidue et patiente nécessitant des années de perfectionnement.

Alors si je vous dis « Kung fu » :  ne focalisez pas sur le lisse Jackie Chan, ni sur l’austère et philosophe Bruce Lee ; pensez vaste, et suivez les aventures rocambolesques des maîtres du Kung fu du Festin chinois et de Crazy Kung fu, cachés dans des existences modestes, voire misérables.

Les points communs de ces deux chefs-d’oeuvre de genre sont la fantaisie, la liberté de ton et l’excès.

N’imaginez pas pour autant qu’il s’agit de films puérils pour amateur de baston version art martial : vous avez sous les yeux deux master pieces de peinture sociale, où caractéristiques et contradictions de la  société chinoise sont dépeintes avec précision. Vous y trouverez une analyse au troisième degré de la classe moyenne,  de la mafia et des gangs, de l’importance de la hiérarchie sociale, de la place des femmes, du statut de l’homosexualité, du pouvoir et de la vulnérabilité des petites gens.

L’Histoire y trouve aussi sa place, puisque le festin chinois est un véritable concours de cuisine qui se déroule tous les cinq ans depuis 1720. Il s’agit d’un concours créé à l’initiative de l’empereur Kangxi, afin de rapprocher les populations mandchoues et han qui se disputaient le pouvoir.

Bref si vous hésitez encore, sachez que vous allez étudier la  sociologie sans le savoir, à la façon de monsieur Jourdain maniant  la prose.

Même si au premier degré,  ces films paraissent d’un comique troupier, n’allez pas croire que les réalisateurs, les vénérables Tsui Hark  et Stephen Chow, manquent de culture cinématographique. L’un comme l’autre maîtrisent les caractéristiques des genres.

L’un mélange les codes à foison, passant du mélo à la quête héroïque, à la tragédie antique où le héros se trouve confronté à son destin quoiqu’il arrive.

L’autre revisite le genre du western à la John Wayne, le modèle du super héros, la bande dessinée, les épopées type  Mad Max ou Gang of New York, la mythologie, la tragédie.

Voir la magnifique pasionaria incarnée par la propriétaire à bigoudis qui s’avère être un Maître refusant d’utiliser ses pouvoirs:

 

Bref, il y a plusieurs couches et degrés dans ce cinéma-là : ce sont des films que l’on effeuille, que l’on re-regarde à loisir et que l’on déguste.

Toutefois, amateur de finesse et d’humour discret, abstenez vous : certaines scènes pourraient vous faire hurler.

Ça peut être de rire. Et vous ?

Et si tout ceci vous a ouvert l’appétit, regardez le documentaire de Fabrice Monod et Wang Fanghui : Les secrets du festin chinois, concours de cuisine chinoise à Pékin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :