En passant

La grande Illusion de Jean Renoir : l’utopie de la der des ders ?

19 Sep

Jeudi soir, lancement de la saison 2014-2015 de Cin’Eiffel, avec la projection de la Grande Illusion, Levallois 1914 oblige.

C’est Laurent Veray, historien du cinéma et spécialiste de 14, que nous avons eu le plaisir de recevoir pour essayer de comprendre les relations entre la commémoration de l’évènement et l’histoire du cinéma.
Le film sorti en 1937, en plein Front Populaire, fut immédiatement un énorme succès public et critique (jamais démenti par la suite, même si certaines scènes, à sa ressortie en 1946, durent être coupées : celles de l’harmonica et de l’histoire d’amour entre Elsa et Maréchal notamment). Ancien combattant gravement blessé à plusieurs reprises, Jean Renoir s’est inspiré pour son scénario du témoignage de ses camarades de guerre et de sa propre expérience : il veut faire un film sur un camp de prisonniers français, dans lequel on ne verra ni la guerre, ni les tranchées. Aujourd’hui, on dirait pas très « bancable », mais Jean Gabin, conquis par le projet, va l’aider…

Un livré référence sur la Grande Guerre, signé Laurent Véray

Le film délivre clairement un message pacifique, sinon pacifiste : la guerre, c’est l’absence et la solitude (Elsa), les atrocités physiques (Von Rauffenstein), le coup de force des puissants (portrait de guillaume II) et, surtout, c’est parfaitement inutile.
Mais Renoir n’en renie pas la dimension patriotique (les prisonniers entonnent la Marseillaise au moment de la reprise de Douaumont), non dans un but nationaliste, mais pour souligner une fraternité d’armes, la solidarité entre les hommes, qui fait oublier pendant quelques instants de grâce, la « lutte des classes », très présente dans le film. C’est ce que Laurent Véray appelle « l’Union sacrée ».
La dernière scène nous ramène à une réalité plus trouble (doute et défiance de Rosenthal). En 1937, Renoir sait que, probablement, il faudra reprendre les armes et cette utopie de la « der des ders » n’aura donc été qu’une « grande illusion ».

Les 50 amateurs présents hier soir, passionnés d’histoire comme moi, découvriront à la médiathèque, d’autres films sur la guerre de 1914-1918. Voici, personnellement, ceux que je préfère.

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Pour l’exemple de Losey

Pour l'exemple

Les Sentiers de la gloire de Kubrick

Les Sentiers de la gloire

Prochain rendez-vous de Cin’Eiffel le jeudi 2 octobre 2014 à 19h30 pour la projection de Quand passent les cigognes, réalisé par Mikhaïl Kalatozov !

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