En passant

Jimmy P. : le choix de Josef Schovanec

24 Sep

Nous recevions samedi 13 septembre Josef Schovanec, docteur en philosophie, chercheur en sciences sociales et auteur d’un Éloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez, dans le cadre d’une projection-débat autour de la thématique : « Le dialogue est un voyage : s’ouvrir aux autres pour mieux se comprendre ».  Pour nous livrer ses réflexions sur le sujet, il a fait le choix du film d’Arnaud Desplechin, Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines), inspiré du récit établi en 1951 par Georges Devereux, anthropologue et psychanalyste, pionnier de l’ethnopsychiatrie. Le film met en scène les rapports médicaux et humains du thérapeute avec son premier patient, un vétéran américain indien de la Seconde Guerre mondiale atteint de troubles post-traumatiques, troubles non seulement liés à son vécu personnel et ses rapports familiaux mais aussi à la confrontation de ses origines ethniques à la culture de l’Amérique blanche. 

Josef Schovanec

Affiche du film

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre invité nous ayant lui-même suggéré ce film afin d’illustrer le sujet retenu pour cette séance, il nous a semblé pertinent de souligner les correspondances entre son ouvrage et le film de Desplechin.

  • La position de « marginal »

Elle s’applique à Jimmy Picard  autant qu’à Josef Schovanec dans la mesure où ils appartiennent tous deux à une minorité. L’un est un Indien Blackfoot qui se heurte à la toute-puissance des médecins blancs de l’époque ; l’autre, une « personne avec autisme » qui a su faire valoir sa différence et milite auprès des pouvoirs publics pour une meilleure prise en considération des personnes concernées. Juste après la projection, J. Schovanec a pris la parole pour mettre en perspective notre vision du monde, qu’il juge désespérément occidentalo-centrée et calquée sur une échelle de valeurs propres à la classe moyenne américaine blanche. A la spectatrice que l’introduction de J. Schovanec laissait quelque peu démunie, il assurera que la problématique du voyage comme réalisation de soi concerne potentiellement chacun d’entre nous et que ses rencontres avec des « gens de peu », tout particulièrement en Asie centrale, comptent parmi ses plus beaux souvenirs de voyage.

  • La thérapie

A la psychothérapie engagée par G. Devereux avec Jimmy P. répond le concept de « voyageothérapie » proposé par J. Schovanec dans son Éloge du voyage. Cet aspect de guérison via le voyage a fait l’objet d’une question à laquelle l’auteur a répondu en soulignant que la finalité du voyage est bien de nous obliger à lutter contre nos préjugés et que « mieux que nulle autre thérapie, [il] rend les traumatismes passés obsolètes. » Voilà pourquoi, à la personne qui s’interrogeait sur les éventuels peurs qu’il aurait pu éprouver lors de ses voyages, il signifiait que c’était précisément ces hasards et ces potentiels inconforts qui constituaient à la fois le moteur et la richesse de ces expériences-là.

  • La langue et le transculturalisme

J. Schovanec, comme G. Devereux, a une passion des langues qui se traduit par le multilinguisme et l’attrait pour le transculturalisme. Il en parle dix parmi lesquelles l’amharique parlé en Ethiopie ou l’azéri d’Azerbaïdjan. Dans son ouvrage, il parle d’ailleurs de lui comme d’un « être linguistique hybride ». En réponse à la question portant sur le voyage en tant qu’échappatoire, il répond que cette traversée des langues et des mondes constitue la condition nécessaire à la compréhension de notre humanité. Il rejoint en cela G. Devereux, également polyglotte, qui fut l’initiateur d’une pratique transculturelle de la psychiatrie, expliquant les relations entre le psychisme et la culture, entre les normes sociales et les désordres de l’esprit.

Nous nous pencherons de plus près sur le sujet des normes culturelles en interrogeant la possibilité d’une émancipation lors notre prochaine séance de Cin’Eiffel+ le 15 novembre prochain, autour du film Wajdja de la réalisatrice saoudienne Haifaa al-Mansour.

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