Douglas Sirk et le mélodrame

24 Oct

Encore 70 personnes présentes, jeudi 23 octobre, pour la projection de Le Temps d’aimer et le temps de mourir, amateurs de mélodrame et admirateurs de Douglas Sirk. Comment ne pas l’être d’ailleurs, c’est du grand Sirk qu’on a vu hier soir.

1944, les Allemands sont enlisés sur le Front russe, Ernst Graeber, obtient tout de même une permission. Il trouve sa ville dévastée et sa maison enfouie sous les décombres.
En partant à la recherche de ses parents, il rencontre Elisabeth Kruse, ils tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre et, parce que l’avenir est devenu incertain, ils décident de se marier et de profiter pleinement des ces trois semaines de répit. Les bombardements sont de plus en plus fréquents et Ernst doit repartir pour le front…

Inspiré par le roman d’Erich Maria Remarque (exilé allemand comme lui), Le Temps de vivre et le temps de mourir, Douglas Sirk a réalisé un film très subtil : guerre dématérialisée dans un décor de décombres, détails réalistes et sans manichéisme rendent le tragique et l’absurdité de la guerre, car ici « la péripétie providentielle », élément clé de tout mélodrame, c’est la guerre elle-même : que reste-t-il de l’Allemagne après la guerre? Qui est coupable ? Quelle est la responsabilité de chacun ?

Jean-Luc Godard, défend Le Temps d’aimer et le temps de mourir dans « les cahiers du cinéma ».

Et puis le film est beau, le réalisateur élabore avec virtuosité des cadrages parfaits, il joue avec les contrastes, la lumière, il exploite avec élégance les symboles.
Le Temps d’aimer et le temps de mourir est probablement son film le plus personnel, parce qu’il y met beaucoup de sa propre histoire : Sirk avait eu un fils en Allemagne avec sa première femme ; immédiatement acquise aux idées du National socialisme, elle lui refuse de revoir ce fils dont elle a la garde. Parti pour le front russe, Klaus est tué en 1944 ; Sirk n’a jamais pu revoir son fils. Le film est hanté par ce que Sirk imagine avoir été les dernières semaines de la vie de son fils.
Le film programmé hier soir est le 3ème et dernier volet de notre cycle « Chants de guerre, d’amour et de mort » : 3 films réalisés entre 1957-1959 que nous avions imaginés comme un triptyque : regards croisés de 3 grands réalisateurs russe, italien et américain sur les mêmes questions : est-il possible d’avoir un destin amoureux durant le cataclysme que fut la Seconde Guerre mondiale ? L’extrême brièveté de l’amour en temps de guerre lui confère-t-elle cette intensité particulière?

Nouveau cycle, jeudi 6 novembre : « Règlement de compte », qui débute par Les Dames du bois Boulogne de Robert Bresson, terrifiante vengeance de femme…  En regard, les aventures présidentielles de Madame Trierweiler vous sembleront bien fades !

Faites votre cinéma à la médiathèque !

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Une Réponse to “Douglas Sirk et le mélodrame”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Maria Braun ou la reconstruction du même, entre deux explosions… | Cin'Eiffel - 24 janvier 2015

    […] une facture de mélodrame classique qui n’est pas sans rappeler Douglas Sirk, et notamment Le Temps d’aimer et le temps de mourir, Rainer Werner Fassbinder nous offre, […]

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