Pourquoi il faut aller voir le dernier Woody Allen

22 Nov
Si je vous réponds qu’il faut aller voir le dernier film de Woody Allen, Magic in the moonlight à cause du prix Nobel de Modiano, vous risquez de passer votre chemin. Et pourtant… Les fanatiques savent de quoi il s’agit : de cet élan jamais rassasié vers une œuvre, qui même si elle semble tourner en boucle (pardon Monsieur Modiano)  ou si elle est contestée par les critiques, le fanatique, dont je suis,  se dirige sans hésitation vers l’objet de son admiration.
Profil d’un fan(atique)  :

Le fanatique de Woody Allen, c’est celui qui depuis 1977  (si le fanatique était né) voit chaque année le dernier Woody Allen dès sa sortie, c’est celui qui trouve des qualités même aux pires films et dit sans honte qu’il a vu cinq fois Stardust mémories, c’est celui qui sait que sur 50 ans de carrière, Woody Allen a eu 4 oscars et seulement 7 années sans sortie de film. Le vrai fan résiste à toutes les attaques, et continue à aimer avec constance, même quand son réalisateur est accusé des pires maux œdipiens. Le fanatique rêve d’aller au Carlyle écouter son Woody en concert, et le 25 décembre 2007, au péril de son découvert croissant, il a réussi à avoir des places pour le New Orleans jazz Band au Châtelet.

En bref, le fanatique de Woody Allen, c’est comme le supporter du PSG, celui qui était là bien avant Zlatan et les victoires de l’ère qatari, celui qui est resté fidèle malgré la défaite de Sedan et les menaces de relégation des années noires.

Origines du fanatisme

D’abord, le fanatique de Woody Allen est séduit. Puis très vite convaincu par une bonne dose d’humour, une régularité de production, un travail acharné, une liberté avec les codes des genres cinématographiques, avant d’être carrément exalté par des scénarios réussis et des personnages quasi archétypaux.

A ces critères évidemment impartiaux, j’ajouterai que je suis devenue fan parce que Woody Allen m’a sauvé la vie.  Et à plusieurs reprises.

D’abord, il m’a appris à me débrouiller avec des surgelés avant l’invention du micro-onde*, ensuite il m’a fait passer derrière les apparences**, réfléchir sur le pouvoir de l’argent***, louper des cours voire rater des examens à cause de séances inratables****, il m’a fait voyager, Londres, Rome, Paris, Barcelone. Il m’a questionnée sur le sens des choses, la nécessité de la création, la réussite et les différences sociales ou encore les blocages d’une vie d’artiste. J’ai écouté nostalgie, jazz, discours psychanalytique et accent new-yorkais. J’ai pris goût aux cookies*****, aux histoires d’amour et aux happy end. L’âge venant, je me suis interrogée sur la question du « est-ce que c’était mieux avant ». Et aujourd’hui, après avoir vu Magic in the moonlight, je me demande : y a-t-il encore une place pour la magie dans la vie ?

Bonus

Une chose encore :  Woody Allen a eu cette capacité d’avoir su passer au bon moment d’acteur-réalisateur à réalisateur, et d’avoir su trouver alors des acteurs qui sont une facette de lui, quitte à emprunter ses attitudes, tics de langage (Owen Wilson dans Midnight in Paris) ou ses questionnements (le personnage d’Howard Burken dans Magic in the moonlight).

Conclusion :

Allez voir le dernier Woody Allen. Ça ne se discute pas.  Quand vous l’aurez vu, vous pourrez dévaliser la Médiathèque, lire sa fiche Wikipedia ou l’article-interview délicieux des Inrocks avec mon « dépressif favori ».

En plus, un jour, ce sera vraiment le dernier (l’homme a tout de même 79 ans) et ce jour-là, je perdrai une raison de vivre.

Je vous l’ai dit  : je suis fanatique à la limite de l’intégrisme.

* Manhattan, 1979

** Radio days (1987)  et Scoop (2006)

*** Jasmin blues (2013)

**** La rose pourpre du Caire (1985)

***** Escrocs mais pas trop (2000)

Publicités

2 Réponses to “Pourquoi il faut aller voir le dernier Woody Allen”

Trackbacks/Pingbacks

  1. L’Homme irrationnel, inconditionnel Allen | Cin'Eiffel - 2 novembre 2015

    […] oui, les esprits chagrins et ceux qui ne sont pas des inconditionnels de Woody Allen, ce que je suis et assume, trouveront à redire au film : il ne se renouvelle pas,  il ne prend […]

  2. Cafe Society, un Woody Allen pour les amoureux | Cin'Eiffel - 28 juin 2016

    […] des années, Woody Allen et moi, ça se passait en automne : septembre pour Blue Jasmine, Magic in the Moonlight, octobre pour Irrational Man. Un an entre chaque retrouvaille pour avoir le temps de […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :