Winter sleep : sortir d’un grand sommeil puis se voir…

15 Déc
Palme d’or du dernier festival de Cannes, Winter sleep du Turc Nuri Bilge Ceylan est la nouveauté disponible sur la Médiathèque numérique que Cin’Eiffel blog vous conseille cette semaine !
Synopsis

Aydin, un ancien comédien de théâtre charismatique désormais retraité, s’est retiré dans son village d’Anatolie centrale, dans sa demeure transformée en petit hôtel. Alors que les touristes ont quitté les lieux, l’homme sexagénaire se retrouve seul avec sa jeune épouse Nihal et sa soeur Necla, encore affectée par son récent et douloureux divorce. C’est dans ce lieu quasi-désertique et par les bouches des deux femmes qu’Aydin va peu à peu découvrir quel homme cynique, suffisant et humiliant il est aux yeux de ses proches. Alors que l’hiver s’installe, l’hôtel devient le théâtre de leurs profonds déchirements…

Se réveiller d’un grand sommeil

Winter sleep dure 3h15 et s’écoule en un instant ! De la beauté de ses plans aux mystères incarnés des paysages anatoliens, de cet hôtel-refuge perdu en pleine montagne (nommé L’Othello, comme un écho du comédien qu’Aydin fut) à la tragédie humaine prenant les formes d’un théâtre existentiel, tout est parfait dans ce film ambitieux et juste, tant philosophiquement que cinématographiquement…

Aydin a beaWS_120x160cs4.inddu être cultivé, honnête, intègre, il finit par haïr le monde entier, incapable de dépasser les limites de son jugement. Il en devient arrogant, fermé, intolérant. Il n’est déjà plus de ce monde. Sans être un Dieu ou un fou ! Il est simplement devenu un homme impuissant à aimer et aveugle à toute émotion ou tout sentiment.

Peu à peu, la neige vient recouvrir ces paysages montagneux et arides d’Anatolie, comme pour obliger Aydin et ses proches à se dévoiler et à regarder leur vie, leurs actes, leur être même en face. Cernés par les montagnes et l’hiver, la petite communauté familiale va régler ses comptes par le langage – bien plus violent que des coups de feu.

Winter sleep est l’histoire d’un homme qui s’est peu à peu coupé du monde et des autres, à force de s’enfermer sur lui-même par infirmité intellectuelle à tolérer les défaillances, les failles et les imperfections des autres hommes. Comme lui demande sa femme : « qui trouve grâce à tes yeux ? ».

Personne. Et pas même lui ! Car à la fin, lui-même ne se dérobe plus à son jugement…

Voir Winter sleep, c’est comme se réveiller d’un grand sommeil : sonné mais vivant, sur un fil et avec ce rien d’irréversible qui se confond avec la perte puis la mort, mais avec une possibilité encore d’infléchir le cours de la vie restante… Se réveiller après avoir été longtemps endormi : du retrait à la confrontation de soi, banale et triste réalité…

Bande-annonce

Inquiétante mélancolie

Nuri Bilge Ceylan, réalisateur des Climats et de Il était une fois en Anatolie notamment,  héritier de Bergman, continue d’opérer une oeuvre de moraliste et déclare : « Je m’intéresse à tout ce qui se dérobe, au monde intérieur des individus, à leur âme, à la manière dont ils se lient ou s’opposent. Les questions que se pose le grand mélancolique que je suis sont celles qui nous travaillent de toute éternité. »

D’une violence feutrée, larvée mais brutale – qui culmine dans deux scènes dialoguées très intenses (Aydin et sa soeur d’abord, puis Aydin et sa femme ensuite) et dans la scène, rappelant L’Idiot de Dostoïevski, où les billets sont jetés au feu -, d’une beauté sidérante, Winter sleep est un film dont on ressort mélancolique et inquiet, tant l’on ressent que l’humanité qui s’absente de ces personnages est le péril qui nous guette…

Il faut voir Winter sleep, ce désert d’humanité teinté d’une inquiétante mélancolie.

Benoît N.

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2 Réponses to “Winter sleep : sortir d’un grand sommeil puis se voir…”

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    […] de très beaux pour d’autres !  Dolan et son Mommy peuvent-ils penser rivaliser avec Winter sleep, avec The Grand Budapest Hotel ou même avec Ida ? Sans oublier le dernier film des Dardenne, […]

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