César 2015 : Voyage au bout de l’ennui…

21 Fév

Au terme d’une soirée interminable, la 40ème cérémonie des César a délivré son palmarès. De consensus mou en manque de goût, épilogue d’une perte de crédit…

Honneurs à Timbuktu

Le film franco-malien, qui pour la première fois au cinéma montre la prise d’une ville par l’Etat islamique et montre comment ses djihadistes imposent un pouvoir liberticide à une population qui tente de résister autant qu’elle le peut, est incontestablement le grand vainqueur des César 2015, décrochant 7 récompenses :

Meilleur film, Meilleur réalisateur (Abderrahmane Sissako), Meilleur scénario original (Abderrahmane Sissako, Kessen Tall), Meilleure photographie (Sofian El Fani), Meilleure musique (Amine Bouhafa), Meilleur montage (Nadia Ben Rachid), Meilleur son (Philippe Welsh, Thierry Delor, Romain Dimny)

La profession semble avoir voulu corriger « l’erreur » du festival de Cannes, qui n’avait décerné aucun prix à Timbuktu, alors même que le film y avait été très chaleureusement accueilli. Ce fut néanmoins le début de la notoriété et de la reconnaissance publique pour ce film qui concourra, dimanche 22 février, pour l’Oscar du Meilleur film étranger.

Ces récompenses sont méritées. Timbuktu est non seulement un très beau film à l’image parfaite, mais c’est aussi un film d’actualité, un film éminemment politique et d’utilité publique en ces temps troubles ; il donne ainsi à réfléchir, tout particulièrement en France après les attentats qui ont touché à la fois notre liberté d’expression et notre liberté de confession, au devenir commun de notre civilisation.

A ce propos, notons le discours rempli de sagesse, de sérénité, de dignité et d’humanité d’Abderrahmane Sissako, qu’il a conclu par le refus même de la conception de « choc des civilisations », théorisée dans les années 1990 par Samuel Huntington. A celui-ci, Sissako veut opposer le droit à la différence et au vivre ensemble quelques soient les cultures et les religions.

Cinéma sous influence : de Kant aux Neg’marrons

Si la qualité de Timbuktu méritait ces récompenses, le film a écrasé la compétition au détriment des autres grands films de la sélection, rythmée par la rivalité annoncée des Saint Laurent.

Emmanuel KantEt ce fut une sale soirée pour les créateurs et leurs épigones, et pour tous les amoureux du cinéma qui avaient encore l’illusion que la qualité restait l’étalon du jugement esthétique et du vote… Force est de constater que le jugement esthétique si cher à Kant n’a plus rien à voir dans l’affaire !

Comme le chantait les Neg’marrons en 1997 : « C’est la monnaie qui dirige le monde, c’est la monnaie qui dirige la terre, qu’on le veuille ou non, c’est comme ça on ne peut rien y faire ». Et l’industrie du cinéma semble de moins en moins en mesure d’échapper à cette sentence…

Nouvelle Trinité

Saint Laurent, revenons-y.

  • Non seulement, Pierre Niney a obtenu le César du Meilleur acteur – là, on reste franchement circonspect, même s’il est un acteur sympathique et plutôt drôle
    • alors que, si un Saint Laurent le méritait, c’était bien Gaspard Ulliel !
  • mais en plus, ce même Gaspard Ulliel a décidément passé une très mauvaise soirée, puisque
    • si Kristen Stewart était bien présente dans la salle,
    • elle n’était pas à ses côtés !

Double revers… et pas de veine pour Ulliel !

Yves Saint Laurent 2Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Pierre Bergé. Trident gagnant du Saint Laurent récompensé par les César. Quand le cinéma cède à ses influences, ou à ses lobbys, ou ses influenceurs, il ne faut pas s’étonner des hiérarchies qui se dessinent.

Les César 2015 ont donc connu deux vainqueurs : Timbuktu et le monde des producteurs, représentés par Canal+ !

Bonello et Assayas : même combat !
    • Pas grand chose donc pour Bertrand Bonello et son Saint Laurent : le César des Meilleurs costumes pour Anaïs Romand tout de même ;
    • Pas grand chose non plus pour Sils Maria et pour Olivier Assayas : rien, sinon le César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Kristen Stewart
      • assise finalement à côté de Juliette Binoche qu’elle semble beaucoup aimée d’ailleurs !


C’est peu, très peu même, pour deux des meilleurs films de l’année 2014. A se demander si la profession du cinéma, qui s’enorgueillit de sa qualité (à juste titre !) ne rechigne pas à honorer ceux qui la portent le plus haut…

Une pensée aussi en passant pour Sean Penn qui a dû trouver la soirée très longue et qui a eu une drôle de représentation du cinéma français – cette grande famille si aimante réunit autour de lui…

Ainsi, voir le cinéma par la petite lorgnette des César, comme hier soir, me fait penser – je suis sentimental je n’y peux rien – à Céline, qui écrivait :

«Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l’acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué ».

Les motifs d’espoir

Heureusement, il y eut les attendus, ceux qui ne pouvaient pas ne pas avoir de prix : Les Combattants (Meilleur premier film), Adèle Haenel (Meilleur actrice), Kévin Azaïs (Meilleur espoir masculin), Kristen Stewart (Meilleure actrice dans un second rôle), Reda Kateb (Meilleur acteur dans un second rôle).

Xavier DolanEt par égard pour le cinéma, nous ne dirons rien, vraiment rien, sur le Meilleur espoir féminin.

Comme nous ne dirons rien sur le Meilleur film étranger, puisque tout avait déjà été dit.

Ah si j’ai une blague quand même.

« J’ai une bonne et deux mauvaises nouvelles.
La bonne, c’est que Xavier Dolan nous a épargné sa présence à la Cérémonie !
La première mauvaise, c’est qu’il a écrit un texte – un de plus…
La seconde, c’est que c’est son actrice, Anne Dorval, qui a essayé de le lire… »

Catherine Deneuve et Stéphane Mallarmé : les survivants

Catherine DeneuvePour finir, je rendrai hommage à Catherine Deneuve, suffisamment libre pour ne jamais plus venir à ces soirées, suffisamment indifférente à sa renommée dans le milieu pour ne pas gâcher une seule soirée !

Car elle a bien compris, la très grande Catherine Deneuve, qu’excepté y perdre son temps, on n’y gagnait pas grand chose !

Je dis Catherine Deneuve.

Non.

« Je dis une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour en tant que quelque chose d’autre que les calices sus musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tout bouquet. »

Crise de vers.

C’était ma crise de cinéma.

Clap de fin sur les César 2015 !

Benoît N.

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  1. Les nommés aux César 2016 connus ! | Cin'Eiffel - 28 janvier 2016

    […] au Théâtre du Châtelet. Souhaitons que cette édition soit moins moribonde que celle de 2015 […]

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