Palette du cinéma palestinien

2 Avr

Bande de terre située entre l’extrême est de la mer méditerranée et la Jordanie, la Palestine est bien plus qu’un pays ; c’est le théâtre d’une multitude de conflits et d’histoires tragiques, depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, et l’arène politique de nombreux leaders mondiaux souhaitant régler le destin des citoyens qui y vivent sans les consulter. C’est également une région propice aux cinéastes.

Les Palestiniens  sont aujourd’hui plus de 4 millions, réfugiés en Cisjordanie, à Gaza, dans les pays voisins – Liban, Jordanie, Irak, Syrie – et dans le monde entier, à demander sans relâche la reconnaissance du droit au retour. Les guerres en Irak et en Syrie les ont à nouveau chassés de leur terre, les forçant à chercher une fois de plus un autre pays d’accueil. A travers leurs films, les cinéastes palestiniens affirment avant tout l’existence d’un peuple et d’une culture encore trop peu reconnus ; ils n’en finissent ainsi pas de tenter d’exorciser leur douleur en revenant sur un conflit maintes fois évoqué : la tragédie de deux peuples si proches l’un de l’autre qui se déchirent, chacun fort de son bon droit (ou en ayant la conviction), dans une lutte qui, malgré quelques lueurs d’espoir, semble ne jamais devoir prendre fin. Créé en 1968, l’Organisme de cinéma palestinien (OCP) produit à l’époque des films tenant un discours explicitement politique ; à ceux-ci succéderont, dans les années 80, les films beaucoup plus esthétisants de Michel Khleifi.

Michel Khleifi : politique et poétique

Route 181

Affiche du documentaire de Michel Khleifi et Eyal Sivan

 Michel Khleifi a expérimenté une façon de représenter les histoires dans l’Histoire. Dès son premier film, daté de 1980La Mémoire fertile (portrait de deux Palestiniennes sous l’occupation israélienne), il adopte un style entre fiction et documentaire qui lui permet d’explorer le thème de la mémoire collective en Palestine. Noces en Galilée, dans lequel le chef d’un village palestinien demande au gouverneur militaire israélien de lever le couvre feu pour marier son fils, est le premier long-métrage entièrement tourné en Palestine par un cinéaste palestinien, et obtient le prix de la critique internationale au festival de Cannes en 1987. Plus tard, il se consacre pendant plus d’un an, avec le cinéaste israélien Eyal Sivan, à la réalisation d’un documentaire qui propose un regard inédit sur les habitants de Palestine-Israël, Route 181 : fragments d’un voyage en Palestine-Israël (2003), que ses auteurs considèrent véritablement comme un acte de foi cinématographique et dont la sortie fit polémique. Dans Zindeqq (2009), un cinéaste palestinien doté d’un passeport européen revient à Nazareth pour y enterrer un oncle. Il se retrouve confronté à un drame qui le pousse à fuir dans sa propre ville et à s’interroger sur le choix qu’ont fait ses parents en 1948 : fallait-il, ou non, rester en Palestine-Israël ?

 Hany Abu-Assad ou l’ère du soupçon

Réalisateur néerlando-palestinien qui fait partie des réalisateurs contemporains importants de la Palestine, le film le plus connu et le plus controversé d’Hany Abu-Assad est Paradise now (2005). Lauréat du Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes en 2006, ce thriller met en scène deux amis d’enfance palestiniens, Khaled et Saïd, désignés pour commettre un attentat suicide à Tel Aviv. Munis de ceintures explosives, conduits à la frontière, peuvent-ils sans examen de conscience aller jusqu’au bout de leur mission ? Hany Abu-Assad, dans ce pamphlet aussi rigoureux que vigoureux, évite la caricature tout en ne dissimulant rien du théâtre grotesque des terroristes.

En 2013 et toujours dans la même veine, le cinéaste revient sur le thème de la trahison avec Omar, prix du jury Un certain regard au festival de Cannes. Le personnage éponyme est un Cisjordanien capturé par l’armée israélienne et relâché contre la livraison d’informations sur la cellule de résistance qu’il a créée avec ses deux amis d’enfance. Le film est émaillé de courses poursuites et des trajets répétitifs que réalise Omar, en escaladant le mur de séparation. Un film psychologique donc, avec le dilemme comme point de cristallisation des oppositions, mais toujours sans manichéisme militant.

Elia Suleiman : burlesque et gravité

intervention-divine-2002-11-gSouvent comparé à Jacques Tati ou Buster Keaton, Elia Suleiman manie le burlesque et la gravité avec le même sens poétique. Le réalisateur, scénariste et acteur palestinien, est surtout connu pour son film sorti en 2002, Intervention divine (Yad Ilahiyya).

Cin’Eiffel vous invite ce soir, dans le cadre du cycle « Frontières », à la projection sur grand écran de cette comédie tragique moderne sur la vie quotidienne des arabes en Israël, qui remporta en 2002  le prix du jury au festival de Cannes.  

Continuez à faire votre cinéma à la Médiathèque !

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