L’homme et sa nature : un loup ou un Dieu – Delivrance de John Boorman

22 Sep

Cin’Eiffel débute sa saison le 1er octobre prochain avec la projection de Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog. Cette séance, animée par le philosophe Guillaume Tonning, est la première de nos 3 soirées consacrée au cycle : l’homme et sa nature. Suivront La Femme des sables (en présence de Frédéric Berland, philosophe) et Leviathan.

D’autres films, sur ce même thème, auraient pu trouver leur place dans notre programmation.

Au premier rang desquels Delivrance de John Boorman.

Synopsis

Quatre Américains de classe moyenne, Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger décident de consacrer leur week-end à la descente en canöe d’une impétueuse rivière située au nord de la Géorgie. Ils envisagent cette expédition comme un dernier hommage à une nature sauvage et condamnée par la construction d’un futur barrage. Mais les dangers qu’ils affronteront ne proviendront pas uniquement des flots tumultueux de la rivière…

L’homme civilisé… en pleine régression

Delivrance 2Film emblématique sur la nature, l’homme, confronté à des éléments hostiles (eau et forêt en particulier), est face à lui-même. L’homme, c’est l’homme civilisé, décliné dans sa virilité, qui finit par être atteint dans ses certitudes et, au-delà, dans sa nature même, dans ce qui le constitue. Après l’arrogance de ces 4 hommes qui ont choisi de descendre cette rivière vouée à disparaître pour être remplacée par un lac artificiel (critique de l’écologisme bon teint de cette Amérique des années 1970), vient le temps du vacillement, de l’interrogation, de la rupture : cet homme civilisé, peu à peu, sombre dans la bestialité. Il n’est alors pas si différent de ces autochtones sans culture, retirés et déformés par des lignées de consanguinité !

Cet homme là, en perdant toute mesure, tout recul et toute hauteur, toute transcendance par rapport à cet environnement qui le génère, perd progressivement ses idéaux, sa dignité, son désir d’appropriation, son sens de la justice et son discernement : cet individu qui est devenu moins qu’un homme est finalement réduit à un être en quête de survie. Cet homme dégénère.

La confusion des moustaches : aux sources du hypster

Voilà, l’homme moyen dépeint par Boorman (la quarantaine en crise et cadre dynamique sur une pente déclinante), qui peut être chacun de nous, est un individu qui lutte pour sa survie ! Dès les années 1970, Boorman nous présente l’homme post-moderne !

Cet homme est incarné par des acteurs archétypaux.

C’est d’abord Burt Reynolds sans moustache, mais torse nu et poilu, modèle de virilité et représentation de l’homme qui fait face, du sportif brave et courageux que rien ne saurait arrêter ; mais c’est au final un homme vaincu, à terre, qui montre toute sa vulnérabilité et sa faiblesse. C’est un homme dont l’identité est dépassée.

C’est aussi Jon Voight avec pipe et moustache, modèle d’équilibre et de retenu, symbole d’une justice qui finira par vaciller. Il est celui qui restera debout mais qui ne cessera de faire des cauchemars. Revenu de nulle part, il est l’homme blessé, l’homme lucide.

Delivrance : une réflexion sur l’homme et sa nature portée à sa quintessence ! Un large faisceau de concepts et de jeux de notion est mis en lumière dans ce film. Delivrance est à voir en parallèle de Aguirre.

Nature et culture. Mythe du bon sauvage. Hobbes vs Rousseau. Puissance et soumission. Bestialité et humanité. Industrie et écologie. Artification et naturalisme. Vengeance et justice. Et bien d’autres thèmes encore.

Delivrance sort en salle dans une version restaurée le mercredi 23 septembre !

Courrez-y vite !

Benoît N.

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2 Réponses to “L’homme et sa nature : un loup ou un Dieu – Delivrance de John Boorman”

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