L’Homme irrationnel, inconditionnel Allen

2 Nov
Fruit de l’automne et de la maturité, le dernier Woody Allen, Irrational man (L’Homme irrationnel), est arrivé depuis le 15 octobre sur les écrans français. Fidèle à son rythme d’un film par an depuis les années 70, voici un nouvel épisode de vie allenienne dans la lignée de Match-point, à nouveau sur fond d’arrivisme et d’orgueil, mais cette fois davantage existentiel, puisqu’il s’agit d’arriver à vivre et de donner un sens à sa vie.

Et quel meilleur sens lui donner que de s’arroger droit de vie et de mort ? De s’instituer glaive de la justice et de se fier à son instinct plutôt qu’à la raison et aux normes sociales détournées en clichés de pensée étroite… De finalement s’instituer puissance supérieure intellectuelle et de passer à l’acte…

  • Un crime gratuit

Site-officiel-woody-allenLe crime gratuit, d’autres avant Woody Allen s’y sont essayés : en littérature, Dostoïevski, Highsmith et Gide ont écrit l’irrationnel contre la morale, la liberté absolue et le pouvoir enivrant du crime sans motivation. Au cinéma, Hitchcock, dont on sait combien Woody Allen est un fervent admirateur, y a trempé sa patte plusieurs fois avec des variations autour du thème, que ce soit dans Le crime était presque parfait, L’inconnu du Nord express ou La corde. Tout au long de cet Irrational man, des clins d’œil, hommages au maître du suspense, émaillent le film : les soupçons, le déni, la complicité involontaire, l’enchainement irrémédiable, le criminel glosant et faisant l’analyse de son propre crime, jusqu’à une scène très hitchcockienne dans la fête foraine …

  • Un bad-boy intello et torturé

Professeur de philosophie, le héros, incarné par un Joachim Phoenix alcoolique et bedonnant, arrive à l’Université, précédé par sa réputation de penseur et de tombeur d’étudiantes. Malgré tout son amour de la sagesse, malgré des expériences de vie riches et aventureuses, ce héros désenchanté ne trouve aucune raison de vivre suffisante  : le monde est désespérant et il n’y a aucun espoir d’amélioration.

Mais le hasard fait bien les choses… Et c’est au hasard d’une conversation, puis en plongeant dans l’action, dans un grand souffle épique et dans une illusion de surpuissance à coloration nietzschéenne que ce héros désespéré va retrouver sens, énergie vitale et appétit pour la vie et ses plaisirs. Tant et si bien que ce désespéré à forte tendance autodestructive sera prêt à tout pour garder la vie et la joie de vivre retrouvée…

  • Du désespoir et des clichés…

On retrouve ici les thèmes chers au réalisateur américain : le désespoir, l’humour, les choix et leurs conséquences , les mécanismes qui se mettent en route et que l’on ne maitrise plus…  Ici derrière le mal de vivre inséparable des films de Woody Allen, se découvre l’impossibilité d’accepter les règles du monde et cette volonté de décider de son destin, déjà incarnée dans certains héros du réalisateur américain.

La construction du film est classique : une narration au passé par l’étudiante qui tombe amoureuse du sulfureux professeur, un réveil progressif du héros à la vie, et un piège qui se referme lentement. Une issue qui ne peut être que celle qui est donnée, laissant finalement le hasard faire sa part.

Pour le plus grand plaisir des amateurs du genre, Woody Allen joue et rejoue sur les clichés : l’Université américaine et verdoyante, les étudiants, jeunes beaux et sans cervelle, la professeure vieillissante un peu frustrée qui rêve d’ Europe et d’amour, les doutes existentiels et les joutes intellectuelles, le mythe de l’amour comme source du bonheur, la lutte contre ses propres désirs… Il est vrai que de grands écrivains comme Oates, Roth ou encore Lodge ne nous ont rien caché de la vie intime des ces temples américains de l’éducation…

  • Un style et un amour inconditionnels

Mais Woody Allen sublime tout ce qui pourrait être des poncifs par sa délicieuse façon de se moquer de la condition humaine : ce désir sans fin et terriblement humain de trouver un sens à nos vies dans une lutte quasi sysiphienne pour diriger ce que nous ne comprenons pas.

Alors, oui, les esprits chagrins et ceux qui ne sont pas des inconditionnels de Woody Allen, ce que je suis et assume, trouveront à redire au film : il ne se renouvelle pas,  il ne prend pas de risques, il brode sur ses thématiques devenues des valeurs sûres…C’est vrai, les déambulations du désespoir sont lentes, répétitives, et les sonates de Bach très mélancoliques. Mais on retrouve dans cet homme irrationnel selon Woody Allen ce style unique qui se répète de film en film, et qui, comme pour un grand couturier, font une signature reconnaissable dans le monde entier  : sous une élégance jazzy, un goût pour le détail et de belles finitions, Woody Allen avec Irrational man poursuit inlassablement son interrogation sur la raison de vivre.

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