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Gwendal Giguelay revisite Tabou de Murnau

14 Avr

Quelle soirée nous avons vécue, jeudi 10 avril, lors du ciné-concert exceptionnel que Cin’Eiffel organisait autour du film Tabou de Murnau !

Nous étions 60, émerveillés, à être venus écouter la performance incroyable du jeune pianiste professionnel Gwendal Giguelay : pendant 1h30, il a improvisé des thèmes musicaux au piano, accompagnant la poésie et la tragédie qui se jouaient sous nos yeux !

A la fin de la projection, l’émotion était palpable. Car que dire devant une telle interprétation… Gwendal Giguelay, par sa sensibilité, son interprétation personnelle du film, son partage, nous a emmenés, avec Murnau, auprès de Matahi et Réri, essayant de vivre leur amour impossible, malgré le tabou touchant la jeune femme.

Tabou

Matahi et Réri : un amour tabou

 

Après son improvisation, Gwendal Giguelay a pris le temps de répondre aux nombreuses questions qui lui ont été posées sur son travail, son approche du film, son parcours artistique. Bien qu’épuisé par son interprétation  – il a confié à quel point une telle performance pouvait être fatigante, notamment en raison du final du film, très long – , il a répondu avec beaucoup de chaleur et de générosité, et  nous a livré en creux sa perception de l’art en général, de la musique et de cet instrument qu’il aime tant : le piano.

Nous garderons longtemps en mémoire, c’est certain, cette synergie entre image et musique.
Un grand merci, encore une fois, à Gwendal Giguelay pour nous avoir procuré de si belles sensations !

Benoît N.

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Tabou de Miguel Gomes rencontre de la poésie, de la littérature et du cinéma muet

23 Mai

Cin’Eiffel a choisi comme dernier film de son cycle « Nouvelles tendances » Tabou de Miguel Gomes. Poème mélancolique et hommage à Murnau (nouvelle fenêtre), le film a remporté plusieurs récompenses dont le Prix Alfred-Bauer à la Berlinale 2012. Il évoque l’esthétique du cinéma muet tout en le réinventant.

Serge Chauvin, critique et professeur de cinéma, a donné un intéressant décryptage de ce film à l’intensité romanesque, ce qui a encore une fois ravi le public de Cin’Eiffel.

Pour en découvrir davantage, cliquez sur l’image !

Faites votre cinéma à la Médiathèque (nouvelle fenêtre) !

Cin’Eiffel : saison grand cru !

30 Juil

Notre 3ème saison de Cin’Eiffel s’est achevée jeudi 26 juin.

C’est l’occasion de tirer un bilan sur une année exceptionnelle, tant en termes de fréquentation qu’en qualité d’intervention !

Tout a débuté le 26 septembre, avec la projection de Jules et Jim : Antoine de Baecque, historien du cinéma et auteur entre autres d’une biographie de Truffaut, a mené la discussion devant 95 spectateurs, lançant notre nouvelle saison de la meilleure des façons !

Autre moment marquant : L’Atalante, où le temps d’une séance, nous avons vogué sur la péniche des amours contrariés, bercé par la sensibilité et la poésie de Jean Vigo, ainsi que par la gouaille de Michel Simon : nous étions alors accompagnés par Serge Chauvin, habitué des lieux, que nous avons retrouvé, pour notre plus grand plaisir, quelques mois plus tard, pour la présentation de Vertigo – record d’affluence de cette année avec 100 personnes présentes dans la salle !

Cin’Eiffel version 2013-2014, ce fut aussi des nouveautés, avec 2 ciné-philo et un ciné-concert !

Jean Salem, philosophe spécialiste des épicuriens et des questions sur le bonheur, a ouvert de nombreuses pistes de réflexions autour du film d’Agnès Varda qui, le moins que l’on puisse dire, n’a pas laissé insensible (tout comme d’ailleurs, Juliette des esprits, de Fellini qui, par ses tournures baroques, a décontenancé certains spectateurs…) ; et puis Ugo Batini a délivré maintes pistes d’interprétation sur cet obscur objet cinématographique qu’est Mulholland Drive ! 90 personnes, à chaque fois, pour ces ciné-philo !

Et puis, il y eut Tabou et le pianiste Gwendal Giguelay, en improvisation pendant 1h30 sur le film muet de Murnau ! Instant exceptionnel où Cin’Eiffel s’est mué en salle de concert et où tous, nous avons été submergés par l’émotion de la performance du jeune pianiste et de sa lecture tout en délicatesse du film.

Cin’Eiffel, ce fut encore des moments d’apesanteur, avec, par exemple, la projection des Moissons du ciel, en présence de Natacha Thiéry, du Goût de la cerise, d’Abbas Kiarostami, ou de Still life de Jia Zhang-ke, pour lequel nous avons eu la chance d’entendre la grande spécialiste du cinéma chinois, Luisa Prudentino.

Nous n’oublions pas, bien évidemment, l’apogée de notre saison, avec la présence exceptionnelle de Jean-Hugues Anglade, lors de notre soirée de clôture pour un vibrant hommage à Patrice Chéreau !

Jean-Hugues Anglade rend hommage à Patrice Chéreau

Entre découvertes et grands classiques – L’impossible Monsieur bébé et les rires dans la salle, In the mood for love et son inaltérable mélancolie, Le Boucher et la duplicité de l’amour, Persona et les méandres des esprits que confond le corps, Répulsion et les fissures en tout sens, Macadam à deux voies et son aspiration à rêver encore et malgré tout… -, Cin’Eiffel fut un très grand cru, avec de très belles soirées, ponctuées par une affluence moyenne record : 72 spectateurs !

Merci donc à tous les intervenants qui ont fait le succès de Cin’Eiffel cette année et à notre public, plus nombreux, plus fidèles, plus enthousiastes que jamais !

Faites votre cinéma à la Médiathèque et rendez-vous le 18 septembre pour une nouvelle saison !

Benoît N.

 

Anna Chevalier: Reri, archétype éternel d’un exotisme troublant

10 Avr

Anna Chevalier est née en 1912 à Bora-Bora.

Friedrich Wilhelm Murnau lui offre son premier rôle dans son ultime chef-d’œuvre, Tabou. Grâce à son personnage de Reri, l’actrice gagne une renommée internationale, mais ne se défait pas du nom et des caractéristiques attribués à ce rôle.

Après le tournage, elle part aux États-Unis avec F.W Murnau qui souhaite la faire danser dans son prochain film. Mais il meurt le 11 mars 1931 dans un accident de voiture et le projet n’aboutit pas.

En 1934, elle tourne dans Black Pearl de Michał Waszyński, puis dans The Hurricane de John Ford et dans L’Ouragan de Emilio Fernández.

Revenue  en Polynésie française, elle y vit reclue et décède en 1977.

Agnès Varda ou le bonheur cruel

18 Déc

Filmer le bonheur

Certes, le bonheur est ineffable : il se heurte à la limite du souvenir ainsi qu’à l’insuffisance du langage à le retranscrire. Est-ce également le cas du langage filmique ? Le cinéma est-il apte à traduire le sentiment de plénitude propre au bonheur sans tomber dans le mièvre et l’insipide ?

La nature offre un cadre paradisiaque tout à fait propice à l’épanouissement du bonheur, qui prend souvent la forme d’un émoi ou d’une idylle amoureuse : Bergman dans Monika, tout comme Godard dans Pierrot le fou, et bien sûr Jean Renoir dans Partie de campagne, font évoluer leurs personnages dans un tel cadre. Mais, même dans ces brefs instants édéniques, comme le fait dire Max Ophuls à son narrateur dans Le Plaisir, « le bonheur n’est pas gai », car le ver est déjà dans le fruit et le malheur imminent.

Si filmer le bonheur semble donc être une gageure, certains réalisateurs n’hésitent pourtant pas à le mettre en scène, comme F. W. Murnau qui, dans Tabou, filme le bonheur de manière quasiment documentaire, ou Agnès Varda qui, dans Le Bonheur, aborde la question d’un point de vue moral et critique.

Varda et « Le Bonheur »

Le Bonheur, son premier long métrage entièrement en couleurs, est un film important dans la carrière d’Agnès Varda. Réalisé en 1964, le film est interdit aux mineurs lors de sa sortie en salles un an plus tard. Quatre ans avant mai 68, l’opinion publique lui reproche son manque de parti pris moralisateur. Il reçoit en outre un blâme de l’Eglise catholique ainsi qu’une recommandation de l’Eglise protestante. « Superbement choquant », comme il s’est vu qualifier par un critique de l’époque, le film n’en remporte pas moins deux récompenses prestigieuses : le Prix Louis Delluc et l’Ours d’Argent au Festival de Berlin. Œuvre libre, dérangeante, elle témoigne surtout de la maîtrise de cette « ciné-peintre » hors normes.

Varda y met en scène un menuisier (François) qui goûte les joies simples du bonheur familial auprès de Thérèse, sa femme, et de ses deux enfants. Il rencontre alors une autre femme, une postière prénommée Emilie. Toujours très amoureux de sa femme, il ne veut ni se priver, ni se cacher, ni mentir… François papillonne, goûte aux multiples saveurs de la vie et croit que « le bonheur s’additionne ». Et , de fait, il cumule les bonheurs : menuisier, père, mari puis amant heureux… Le bonheur que Varda dépeint ici est un bonheur simple, lumineux, vivifié par une palette de couleurs impressionnistes, qui rappellent celles des Renoir père et fils.

Elle se réfère d’ailleurs très clairement à Jean Renoir, en citant dans son film cette phrase prononcé par Paul Meurisse dans Une partie de campagne, qui résume à elle seule tout le propos du film : « Le bonheur, c’est peut-être la soumission à l’ordre naturel. ». Ce faisant, elle reprend, en la variant, l’idée déjà présente dans son premier court-métrage, La Pointe courte (1954), selon laquelle le bonheur, pour être naturel, est foncièrement amoral.

Le bonheur selon Varda

Si « le bonheur, ça ne se dit pas (…) le bonheur c’est la grâce, une espèce de joie de vivre, un cadeau, une capacité à être heureux», quelle part tient donc la recherche du plaisir dans l’équation du bonheur ? Le philosophe Jean Salem, qui travaille justement sur l’épicurisme et la pensée du plaisir, saura certainement nous en dire plus lors de la séance consacrée au film… et prolonger ainsi la réflexion de Varda et Demy sur leur couple et le bonheur…

Rendez-vous jeudi 19 décembre, à 19h30, pour votre Cin’Eiffel !

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