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Noire est ma couleur de peau… 6 documentaires sur la lutte contre le racisme en VOD

20 Juin

En résonance avec les discriminations raciales qui perdurent dans le monde entier et les protestations contre les violences policières, il semble plus que jamais nécessaire de comprendre et analyser. C’est ce que nous vous proposons ici, avec une sélection de films documentaires de qualité autour de grandes figures qui incarnent l’histoire de l’anti-ségrégationnisme, disponibles en VOD sur la Médiathèque numérique (nouvelle fenêtre)

Le film puissant d’Ilana Navaro, Joséphine Baker, première icône noire (nouvelle fenêtre) dresse le portrait inspiré d’une artiste qui ne guérit jamais des blessures du racisme et en fit le combat de sa vie.

Josephinebaker Portrait

Photo par Carl van Vechten — Van Vechten Collection at Library of Congress, Domaine public. Wikimedia commons.

Ce documentaire retrace d’un trait délicat et maîtrisé le parcours de la première star noire mondiale, le destin extraordinaire d’une fillette des bas-fonds de Saint-Louis, dans le Missouri, qui refusa de continuer à perdre sa vie à faire le ménage chez les Blancs, et tenta sa chance comme danseuse de cabaret à Harlem. Après ses premiers succès aux États-Unis viendra la Revue nègre à Paris et l’hystérie de la Belle Époque qui fit d’elle une égérie et, surtout, le miroir de tous les fantasmes de la société coloniale. Elle n’en est évidemment pas dupe, comme en témoigne sa parole lucide, qui enrichit et rafraîchit le regard porté sur cette artiste combattante. À chacune de ses tournées en Amérique, la critique la ramène à sa couleur de peau, alors que parallèlement, la communauté noire lui reproche de ne rien faire pour les siens. Piquée au vif, elle n’aura de cesse de mettre ses privilèges au service de la cause commune sans que cette douleur intime ne la quitte jamais. Engagée pour la France libre et interdite un temps de visa par le FBI qui la soupçonne de sympathie communiste, elle sera la seule femme à s’exprimer à la tribune où Martin Luther King prononce son célèbre discours le 28 août 1963 à Washington, devant plus de 200 000 personnes rassemblées pour la défense des droits civiques.

Le documentaire de Sydney Lumet et Joseph L. Mankiewicz, produit et supervisé par Ely Landau, King : de Montgomery à Memphis (nouvelle fenêtre), vous propose justement de redécouvrir en archives cette immense personnalité américaine.

Réalisé en 1970, soit deux ans après l’assassinat de Martin Luther King, le film reconstitue son parcours entre 1955 et 1968. Dépourvu de commentaire comme de tout élément de contextualisation en raison de sa proximité avec le sujet, ce documentaire d’époque se révèle aujourd’hui d’un abord un peu difficile ; son intérêt réside dans la pure valeur de témoignage de ces images qui offrent une vision, passablement terrifiante, d’une Amérique engluée dans le racisme et la ségrégation.

L’itinéraire du pasteur baptiste, l’une des principales figures de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, prônant dans la lignée de Gandhi, la désobéissance civile et la non-violence, y est édifiant. De la campagne des bus à Montgomery (Alabama) en 1955 au soutien à la grève de Memphis (Tennessee) en 1968, en passant par Birmingham (1963), Selma (1965) ou Chicago (1966), l’on voit d’immenses marches pacifiques chargées par la police, des foules blanches haineuses, des injures et des coups, parfois mortels, contre des hommes et des femmes luttant dans la plus grande dignité pour la reconnaissance de leurs droits. La force du montage fait sentir, à mesure que le temps passe et que les menaces et les agressions à son encontre se multiplient, la lassitude et l’angoisse qui étreignent M. L. King face à la violence que son action suscite ; cet homme de conviction et de combat, qui a radicalisé son engagement politique sur la fin de sa vie, pressent ainsi l’hypothèse de sa mort brutale…

King est également au cœur de l’incontournable documentaire (César 2018) du réalisateur haïtien Raoul Peck, I Am Not Your Negro (nouvelle fenêtre), exclusivement construit à partir des mots de James Baldwin, écrivain noir et penseur majeur de la question raciale aux États-Unis, avec pour point de départ les trois leaders de la lutte pour les droits civiques, tous assassinés avant 40 ans : Martin Luther King, Malcolm X (nouvelle fenêtre) et Medgar Evers (nouvelle fenêtre).

M. Luther King et Malcom X

Martin Luther King et Malcolm X, 26 mars 1964. © Marion S. Trikosko/Agence France-Presse — Getty Images

À partir de ce socle traumatique, il remonte aux sources de l’exclusion et de la violence, indissociables de l’identité américaine. Baldwin déconstruit l’image du Noir dans une brillante analyse de films hollywoodiens, qui nous renvoie, a posteriori, à notre rang de spectateur complice et exhorte l’Amérique blanche à un douloureux examen de conscience.

Au fil d’un vertigineux entrelacement d’archives où dialoguent les luttes du passé contre la ségrégation et les flambées actuelles de violences raciales, R. Peck fait le tour de la question noire aux États-Unis, raconte l’histoire de l’esclavage, de l’abolitionnisme, de la lutte des Afro-américains pour obtenir l’égalité des droits. Lumière crue jetée sur une nation déchirée, jusque dans ses structures politiques et mentales les plus profondes, ce film-hommage dénonce, secoue, autant qu’il montre la voie d’une possible fraternité.

 

Le leader de la lutte anti-apartheid (nouvelle fenêtre) Nelson Mandela fait aussi l’objet de deux excellents documentaires.

Le 11 février 1990, Mandela apparaît en homme libre devant une foule multiraciale en liesse. Emprisonné durant vingt-sept ans, le leader charismatique personnifie dans le monde entier un idéal de justice et de démocratie…

Avec Nelson Mandela – le réconciliateur (nouvelle fenêtre), Clifford Bestall retrace la vie de Mandela, de sa naissance dans la famille royale des Xhosa à son accession à la présidence de la République d’Afrique du Sud.

Au-delà du mythe et grâce aux nombreux témoignages et images d’archives, son film dessine le portrait nuancé d’un homme dont le charisme mais aussi la vanité n’ont cessé d’impressionner ceux qui l’ont côtoyé.

Nelson Mandela

Photo : Library of the London School of Economics and Political Science / No restrictions

Membre dès 1944 de l’ANC (l’African National Congress, parti politique sud-africain membre de l’Internationale socialiste), il se pose en leader de la cause africaine et prône la désobéissance civile contre les lois de l’apartheid. Passé dans la clandestinité, Mandela renonce peu à peu à la stratégie pacifiste, pour s’orienter vers la lutte armée inspirée de la guérilla castriste. Arrêté en 1962, il est condamné deux ans plus tard à la prison à perpétuité. À 46 ans, il gagne le pénitencier de Robben Island, au large du Cap. Isolé du monde et des ghettos où la révolte gronde, il continue la résistance, soutenu par Winnie, son épouse. Ses compagnons de lutte et de peine décrivent un homme d’une force de caractère et d’une ambition rares, qui a su, quand les temps s’y sont prêtés, faire preuve de pragmatisme. Dès 1986, il engage en effet des négociations avec le gouvernement blanc, au risque de subir l’hostilité de l’ANCL’Histoire aura donné raison à celui qui incarne à jamais la réconciliation et la reconstruction de l’Afrique du Sud.

Le Procès contre Mandela et les autres de Gilles Porte et Nicolas Champeaux (nouvelle fenêtre), bouleversant réquisitoire contre l’apartheid, porte quant à lui sur le procès infligé en 1963 à Mandela et à huit autres dirigeants de l’ANC.

Les militants anti-discrimination répondent d’une accusation de terrorisme devant un tribunal du régime d’apartheid. S’il n’existe aucune image ou presque de ces audiences historiques, les deux cent cinquante-six heures de débats ont été intégralement enregistrées et c’est à partir de ce véritable trésor que les réalisateurs ont construit ce documentaire remarquable d’intelligence et d’émotion.

Procès contre Mandela Affiche

Pour compenser l’absence d’images, ils utilisent des séquences d’animation à partir des croquis de l’illustrateur Oerd Van Cuijenborg, subtil mélange de dessins figuratifs et d’abstraction, qui augmentent encore le pouvoir d’évocation du son. Les auteurs y ont ajouté des images d’archives et des entretiens avec les survivants d’un procès dont le seul enjeu était le maintien en vie ou non des accusés – leur condamnation ne faisait aucun doute – qui écoutent ces documents et les commentent. On les voit ainsi entendre pour la première fois leurs déclarations, plus de cinquante ans après les faits, et se retrouver plongés dans la douleur, mais aussi la fierté, de ce passé lointain à valeur d’exemple pour les jeunes générations.

Nous terminerons cette sélection avec le documentaire – bâti comme une fiction – de Shola Lynch autour d’une icône de la culture noire afro-américaine, la philosophe et militante Angela Davis, Free Angela and all political prisoners (nouvelle fenêtre).

Féministe, communiste, militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis, proche des Black Panthers (nouvelle fenêtre), Angela Davis s’investit dans le comité de soutien aux Frères de Soledad, trois prisonniers américains accusés d’avoir assassiné un gardien de prison en représailles au meurtre d’un de leur codétenu. Accusée en 1970 d’avoir organisé une tentative d’évasion et une prise d’otage qui se soldera par la mort d’un juge californien et de quatre détenus, elle devient la femme la plus recherchée des États-Unis. Arrêtée, jugée et condamnée à mort lors d’un procès de portée mondiale devenu un véritable bras de fer politique sur la question de l’égalité des Noirs et des Blancs face à la justice, elle sera libérée faute de preuves et sous la pression des comités de soutien internationaux dont le slogan est FREE ANGELA !

Si cet évènement historique, au sens large (la lutte afro-américaine des années 1960 et 1970), a déjà été maintes fois traité, cet épisode reste assez méconnu dans ses détails et l’on revient avec grand intérêt sur cette période cruciale de la seconde partie du XXe siècle qui voit émerger en la personne d’Angela Davis un symbole de la lutte contre toutes les formes d’oppression, raciale, politique, sociale et sexuelle, en incarnant le « Power to the People » cher à John Lennon.

 

Faites votre cinéma à La Médiathèque !

 

À chacun son masque… : 3 courts-métrages en VOD

6 Juin

Star de ce printemps, le masque est d’une triste actualité dans nos vies quotidiennes…. Alors autant s’en réjouir, cinématographiquement parlant, avec ces trois courts-métrages visionnables en VOD depuis le site de La Médiathèque, trois variations autour du thème qui ne vous laisseront pas indifférents…

Le plus expérimental

Il s’agit de l’impressionnante animation Masques (2009) de Jérôme Boublès (nouvelle fenêtre), qui donne à voir une cérémonie primitive de mise à mort.

Affiche Masques Boublès

© Lardux Films

Deux masques se font face. Ils flottent en l’air et sont entourés d’un nuage de bâtons. Ils se jaugent, se provoquent. L’un avance, l’autre recule. Ils se rapprochent, s’éloignent, se tournent autour, entre hésitation et défi…

La réalisation du film, mis en musique par Michel Korb, fait appel a une technique de capture des mouvements d’un danseur-chorégraphe, Nicolas Vladyslav (nouvelle fenêtre), et fait du film une recherche sur le mouvement et sa création.

Il fait partie de la trilogie de ce graphiste-illustrateur de formation et réalisateur avec « Eclosions » (2006) et « Le Printemps » (2012), visibles sur son site (nouvelle fenêtre). Son conte poétique, « Le Puits » (nouvelle fenêtre), a par d’ailleurs remporté le Prix du meilleur film d’animation au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand en 2000.

Le plus pictural

Le masque du diable (1976) du cinéaste-écrivain disciple de Paul Grimault, Jean-François Laguionie (nouvelle fenêtre), jeu de faux-semblants particulièrement réussi, à retrouver dans un programme rassemblant 7 de ses courts-métrages, Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie (nouvelle fenêtre), qui offre une promenade onirique et cinématographique de premier choix.

Le film, composé de peintures animées, met en scène une vieille femme qui un soir, dans la montagne et loin des rumeurs du petit village où le carnaval bat son plein et où chacun se réjouit à l’avance de cacher sa véritable identité, engage une partie de dominos avec le diable…

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(Image extraite de l’affiche du programme de 4 courts-métrages de Jean-François Laguioni, « Bas les masques ! », 2019)

Chez Laguioni, la manifestation diabolique participe nécessairement d’une cabale mystérieuse où Satan lui-même est dépassé par les diableries humaines de la réalité. C’est la force du film et du conte écrit par le réalisateur, sur un mode malicieux et narquois, qui remet au centre la question de l’identité : et si le diable n’était pas celui qu’on croit ?

(Jean-François Laguionie, Pascal Vimenet et Gaël Teicher, Les Animés/Éditions de l’œil, 2016)

Au passage, ne passez surtout pas à côté de son somptueux long-métrage Louise en hiver (2016), également disponible sur la médiathèque numérique (nouvelle fenêtre), qui raconte la vie de Robinsonne d’une vieille dame se retrouvant seule avec son chien dans une petite station balnéaire, sorte de ville fantôme hors du temps perdue entre dunes et océan.

Le plus frenchy

C’est assurément celui de Sophie Letourneur, Le Marin masqué (2011) [nouvelle fenêtre], fantasme incarné par un jeune homme lunetté de noir, prétexte à ce délicieux film primé au Festival Côté Court de Pantin (Grand Prix, Prix de la Presse et Prix de la Jeunesse) qui suit l’échappée de deux trentenaires parisiennes en Bretagne, entre petits problèmes et grandes désillusions.

Le film s’ouvre à la manière d’un road-movie : à l’intérieur d’une voiture, les conversations fusent, chaque fille racontant ses petites histoires de coeur. Dans ce tête-à-tête féminin, les dits et les non-dits se superposent, se contredisent et s’enchaînent. Lorsque ce voyage-confession s’achève, le fameux « marin masqué », souvenir d’un amour de jeunesse, s’incarne dans un individu bien ancré dans le présent. Les deux filles doivent alors composer avec ce troisième personnage un peu limité, qui provoque, le temps d’une nuit, un retour en adolescence…

Le jeu avec le langage cinématographique prend autant de place dans l’histoire (ténue) que le récit des deux copines en virée quelques jours à Quimper pour noyer les peines de coeur de l’une, l’autre perdant au final ses certitudes sur sa vie amoureuse. Au-delà des dialogues, dont la postsynchronisation en studio fait sentir un charmant décalage, se développe une « seconde voix » qui est celle des amies commentant leur week-end après-coup. La réalisatrice parle de « film de fiction de vacances » pour évoquer cette forme originale dans laquelle la voix-souvenir remet parfois en question le déroulement des évènements en constituant une bande-son au conditionnel. Ce duo qui commentent les images depuis la table de montage permet à Sophie Letourneur de plonger au coeur de l’univers des filles d’aujourd’hui : la façon dont les copines se comportent entre elles, comment elles se parlent mais aussi comment elles s’agacent et ce à quoi elles aspirent. Plus qu’un film de filles, ce court métrage croque un moment de vie et pose un regard insouciant, comme un clin d’œil, sur une génération.

Trivial, bourré d’autodérision, régressif (le côté roman-photo) et toujours juste, ce conte d’été en noir et blanc où s’entremêlent légèreté, amitié, petits doutes et grands espoirs, soutenu par cet art impayable du dialogue (répétitif), rappelle la fraîcheur des premiers films de Jean-Luc Godard et de Jean Eustache.

Faites votre cinéma à la Médiathèque !

Six comédies fantaisistes en VOD

2 Mai

Vous attendiez d’avoir le temps et/ou l’occasion de pouvoir les visionner de chez vous ou vous n’en avez peut-être jamais entendu parler… Singuliers, décalés, ces six films (ou pour être plus précise, ces 5 comédies et 5 courts-métrages) vous attendent en VOD sur la Médiathèque numérique (nouvelle fenêtre), profitez-en !

On commence par Temps de chien ! (nouvelle fenêtre), comédie fantasque signée Edouard Deluc, entre autres réalisateur de Gauguin (2017) et Mariage à Mendoza (2013)  ̶  film également disponible en VOD à partir du site (nouvelle fenêtre)   ̶ , et Prix du meilleur téléfilm au Festival de La Rochelle l’an passé.

« Une distinction parfaitement méritée pour cette fiction familiale délicate et fantaisiste, sans mièvrerie ni esprit de sérieux malgré un postulat de départ assez convenu, qui compte son lot de scènes désopilantes et des dialogues savoureux, servis par des acteurs tous excellents. »

(Le Monde, 01/11/19)

Temps de chien

Aux premiers rangs desquels Philippe Rebbot (nouvelle fenêtre), qui campe Jean, un capitaine de bateau-mouche quinquagénaire récemment divorcé et un peu ivrogne, essayant de sauver la face pour ne pas perdre son boulot et la garde de ses enfants. Ce grand ado attardé facétieux va rencontrer Victor, un jeune musicien fauché très persuadé de son talent et va se nouer entre eux une drôle d’amitié qui leur permettra finalement d’aller de l’avant… Un film drôle et touchant sans la moindre mièvrerie qui fait rimer mélancolie et folie douce.

 

betes blondes

Beaucoup plus atypique, le premier long-métrage du couple de réalisateurs franco-suisse Maxime Matray et Alexia Walther, Bêtes blondes (nouvelle fenêtre), verse lui dans l’absurde. Lauréat du Prix premières fictions françaises au festival Entrevues de Belfort en 2018, cette comédie dramatique d’une grande maîtrise esthétique se situerait entre conte et rêve éveillé. Même s’il y est question d’amour fou et de deuil – les deux personnages principaux souffrent chacun de la disparition d’un être aimé –, la poésie et le comique kitsch insufflés au film séduisent.

 

Continuons dans l’absurde avec l’enquête policière vertigineuse savamment orchestrée par Quentin Dupieux, Au Poste ! (nouvelle fenêtre) .

Au poste

L’action de déroule dans un hôtel de police, la nuit. Un officier (Benoît Poelvoorde à son meilleur) interroge un témoin – Grégoire Ludig, moitié du duo d’humoristes The Palmashow (nouvelle fenêtre) – et potentiel suspect au sujet du cadavre qu’il aurait trouvé par hasard. À l’inverse du quasi- huis clos policier de Claude Miller, Garde à vue (1981) – voir l’analyse du film par Antoine Royer sur le site dvdclassik (nouvelle fenêtre) – auquel le pitch du film fait inévitablement penser, la logique n’est pas de mise ici : le représentant de la loi conduit son interrogatoire en dépit du bon sens et le suspect en question fait montre d’une rare patience tandis que la garde à vue est régulièrement interrompue par un adjoint borgne, stupide et suspicieux. Le travail de Quentin Dupieux sur le langage et sa part d’irrationnel, à la façon du nonsense anglais est délectable. Cet humour, qui comme l’écrivait Pierre Desproges dans Les Etrangers sont nuls (nouvelle fenêtre), « souligne avec amertume et désespoir l’absurdité du monde » fait tout le sel de cette comédie.

On poursuit du côté de la comédie dramatique avec Thunder road (nouvelle fenêtre), le singulier long-métrage de l’acteur, réalisateur et scénariste Jim Cummings (inspiré de son court, lauréat du Grand prix du festival de Sundance en 2016), Grand Prix du Festival de Deauville en 2018. Dans ce film, dont le titre est emprunté à la célèbre chanson de Bruce Springsteen sortie en 1975 sur l’album Born to run (nouvelle fenêtre), Cummings trace le portrait tragi-comique d’un flic au bord de la crise de nerf, un homme qui, entre deuil et divorce, voit sa vie s’effondrer. Il y incarne un jeune officier de police qui, assistant aux obsèques de sa mère, craque et improvise, avec émotion et maladresse, une chorégraphie sur le titre de Springsteen, afin de rendre hommage à la défunte qui la lui chantait pour l’endormir lorsqu’il était enfant. La performance de Jim Cummings est impressionnante et réussit à maintenir la tension et la folie burlesque du plan-séquence d’anthologie qui ouvre le film.

 

Ce corps de métier étant source inépuisable d’inspiration pour les réalisateurs, on enchaîne avec le capitaine de gendarmerie Pierre Perdrix, mis en scène par Erwan Le Duc dans son premier long-métrage éponyme, Perdrix (nouvelle fenêtre).

Perdrix

Dans cette comédie romantique échevelée, Pierre Perdrix donc – incarné à l’écran par Swann Arlaud, César du Meilleur acteur en 2018 pour son rôle de… Pierre, dans le très beau film d’Hubert Charuel, Petit paysan (nouvelle fenêtre) – est un gendarme vosgien au quotidien rangé que vient bousculer sa rencontre avec Juliette Webb (Maud Wyler), une SDF graphomane victime du vol de sa voiture par des nudistes révolutionnaires. Partant de ce schéma ultra-classique, Erwan Le Duc va multiplier les lignes de récit et, grâce à sa finesse d’écriture, la précision millimétrée de sa mise en scène et son habileté à mêler burlesque absurde et mélancolie, réussit à renouveler le genre en le ramenant plutôt vers l’univers attachant d’un Wes Anderson (nouvelle fenêtre). Rafraîchissant !

On termine ce menu « comédies » avec la crème des jeunes réalisateurs belges dont les cinq courts-métrages, réunis sous le titre Trop belge pour toi ! (nouvelle fenêtre), ont défrayé la chronique dans les festivals du monde entier et constituent une excellente introduction au cinéma belge.

Trop belge pour toi

Multi-primés – quatre d’entre eux ont d’ailleurs reçu un Magritte, équivalent belge des César –, ces films sont successivement, voire simultanément, tendres, trash et drôles. Un poulailler qui provoque un incident diplomatique, une enfant qui tombe du ciel, un père noël néo-capitaliste, un plombier déluré à l’accent flamand et un ours tueur : les amateurs d’humour « à la belge », d’autodérision et de transgression vont adorer ! Bienveillants avec leurs personnages, ces films gardent toujours sous le coude un zeste de folie prête à bondir et révèlent un vivier de nouveaux talents – Pablo Muñoz Gomez, Xavier Selon, Méryl Fortunat-Rossi, Ann Sirot et Raphaël Balboni – dont on s’attend à avoir prochainement d’autres nouvelles…

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne échappée cinématographique à tous !

Faites votre cinéma à la Médiathèque !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des films policiers pour les petits

22 Juin

Parce que nous somme bibliothécaires-bloggeurs mais également bibliothécaires partenaires du service de questions-réponses en ligne Eurêkoi (nouvelle fenêtre), nous avons souhaité partager ici la réponse à une question posée par une internaute au sujet de films policiers pour les enfants âgés de 6 à 11 ans.

Films de cinéma et de télévision qui relèvent du genre policier, qu’ils soient films de détective ou de gangster, films noir ou films d’espionnage ;  courts ou longs métrages, comédies ou films d’animation, voici une petite filmographie indicative de polars pour les plus jeunes :

À partir de 6 ans 

Une vie de chat

À partir de 7/8 ans 

Phantom boy

À partir de 10 ans 

  • Inspecteur Gadget, le film de détective réalisé par David Kellog (1999)
  • La Panthère rose (nouvelle fenêtre), la série télévisée de 11 films réalisée par Blake Edwards mettant en scène l’inspecteur Clouzeau (1963-1993)
  • La trilogie de films d’espionnage Spy kids de Roberto Rodriguez : Spy kids 1 (2001), Spy kids 2 : espions en herbe (2003) et enfin Spy kids 3 (nouvelle fenêtre) : mission 3D (2004)
  • Fantômette, la série télévisée – très vintage ! – de Stéphane Roux, Franck Bourgeron et Marc Perret, d’après la série de romans de Georges Chaulet

À partir de 11 ans 

A cet âge, les comédies policières inspirées de l’œuvre des auteurs classiques du genre, restent une valeur sûre.

D’après l’œuvre d’Agatha Christie 

D’après l’œuvre de Maurice Leblanc 

  • Arsène Lupin, la série télévisée (1971-1974)

D’après l’œuvre de Gaston Leroux

Le mystère de la chambre jaune (nouvelle fenêtre) (2003) et Le parfum de la dame en noir (nouvelle fenêtre) de Bruno Podalydès

Le parfum de la dame en noir

Ainsi que ces deux incontournables « classiques », pour varier les plaisirs :

L'Homme de Rio

Pour les plus grands, nous ajouterons à cette liste les deux bijoux cinématographiques, à voir et à revoir, que sont La Nuit du chasseur (nouvelle fenêtre) de Charles Laughton (1955) et Les 39 marches (nouvelle fenêtre) d’Alfred Hitchcock (1935).

Pour aller plus loin :

Vous avez d’autres thématiques en tête pour vos futurs visionnages en famille ? Vous souhaitez faire découvrir à vos enfants d’autres genres de films ? Ces quelques documents, disponibles à La Médiathèque, pourront certainement vous y aider !

Le + : film, roman, BD… vous avez besoin d’un autre conseil ? N’hésitez pas à nous poser votre question sur le site de la Médiathèque (nouvelle fenêtre), nous nous ferons un plaisir d’y répondre !

Palette du cinéma palestinien

2 Avr

Bande de terre située entre l’extrême est de la mer méditerranée et la Jordanie, la Palestine est bien plus qu’un pays ; c’est le théâtre d’une multitude de conflits et d’histoires tragiques, depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, et l’arène politique de nombreux leaders mondiaux souhaitant régler le destin des citoyens qui y vivent sans les consulter. C’est également une région propice aux cinéastes.

Les Palestiniens  sont aujourd’hui plus de 4 millions, réfugiés en Cisjordanie, à Gaza, dans les pays voisins – Liban, Jordanie, Irak, Syrie – et dans le monde entier, à demander sans relâche la reconnaissance du droit au retour. Les guerres en Irak et en Syrie les ont à nouveau chassés de leur terre, les forçant à chercher une fois de plus un autre pays d’accueil. A travers leurs films, les cinéastes palestiniens affirment avant tout l’existence d’un peuple et d’une culture encore trop peu reconnus ; ils n’en finissent ainsi pas de tenter d’exorciser leur douleur en revenant sur un conflit maintes fois évoqué : la tragédie de deux peuples si proches l’un de l’autre qui se déchirent, chacun fort de son bon droit (ou en ayant la conviction), dans une lutte qui, malgré quelques lueurs d’espoir, semble ne jamais devoir prendre fin. Créé en 1968, l’Organisme de cinéma palestinien (OCP) produit à l’époque des films tenant un discours explicitement politique ; à ceux-ci succéderont, dans les années 80, les films beaucoup plus esthétisants de Michel Khleifi.

Michel Khleifi : politique et poétique

Route 181

Affiche du documentaire de Michel Khleifi et Eyal Sivan

 Michel Khleifi a expérimenté une façon de représenter les histoires dans l’Histoire. Dès son premier film, daté de 1980La Mémoire fertile (portrait de deux Palestiniennes sous l’occupation israélienne), il adopte un style entre fiction et documentaire qui lui permet d’explorer le thème de la mémoire collective en Palestine. Noces en Galilée, dans lequel le chef d’un village palestinien demande au gouverneur militaire israélien de lever le couvre feu pour marier son fils, est le premier long-métrage entièrement tourné en Palestine par un cinéaste palestinien, et obtient le prix de la critique internationale au festival de Cannes en 1987. Plus tard, il se consacre pendant plus d’un an, avec le cinéaste israélien Eyal Sivan, à la réalisation d’un documentaire qui propose un regard inédit sur les habitants de Palestine-Israël, Route 181 : fragments d’un voyage en Palestine-Israël (2003), que ses auteurs considèrent véritablement comme un acte de foi cinématographique et dont la sortie fit polémique. Dans Zindeqq (2009), un cinéaste palestinien doté d’un passeport européen revient à Nazareth pour y enterrer un oncle. Il se retrouve confronté à un drame qui le pousse à fuir dans sa propre ville et à s’interroger sur le choix qu’ont fait ses parents en 1948 : fallait-il, ou non, rester en Palestine-Israël ?

 Hany Abu-Assad ou l’ère du soupçon

Réalisateur néerlando-palestinien qui fait partie des réalisateurs contemporains importants de la Palestine, le film le plus connu et le plus controversé d’Hany Abu-Assad est Paradise now (2005). Lauréat du Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes en 2006, ce thriller met en scène deux amis d’enfance palestiniens, Khaled et Saïd, désignés pour commettre un attentat suicide à Tel Aviv. Munis de ceintures explosives, conduits à la frontière, peuvent-ils sans examen de conscience aller jusqu’au bout de leur mission ? Hany Abu-Assad, dans ce pamphlet aussi rigoureux que vigoureux, évite la caricature tout en ne dissimulant rien du théâtre grotesque des terroristes.

En 2013 et toujours dans la même veine, le cinéaste revient sur le thème de la trahison avec Omar, prix du jury Un certain regard au festival de Cannes. Le personnage éponyme est un Cisjordanien capturé par l’armée israélienne et relâché contre la livraison d’informations sur la cellule de résistance qu’il a créée avec ses deux amis d’enfance. Le film est émaillé de courses poursuites et des trajets répétitifs que réalise Omar, en escaladant le mur de séparation. Un film psychologique donc, avec le dilemme comme point de cristallisation des oppositions, mais toujours sans manichéisme militant.

Elia Suleiman : burlesque et gravité

intervention-divine-2002-11-gSouvent comparé à Jacques Tati ou Buster Keaton, Elia Suleiman manie le burlesque et la gravité avec le même sens poétique. Le réalisateur, scénariste et acteur palestinien, est surtout connu pour son film sorti en 2002, Intervention divine (Yad Ilahiyya).

Cin’Eiffel vous invite ce soir, dans le cadre du cycle « Frontières », à la projection sur grand écran de cette comédie tragique moderne sur la vie quotidienne des arabes en Israël, qui remporta en 2002  le prix du jury au festival de Cannes.  

Continuez à faire votre cinéma à la Médiathèque !

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