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En passant

Les blogs prennent leur pause estivale

11 Juil

Les blogs de La Médiathèque cessent leurs publications de la mi-juillet à la fin août 2017. L’équipe des rédacteurs fait une pause et vous souhaite un bel été, à la ville, à la campagne, à la montagne ou à la plage 🙂

Cette année, nous avons publié plus 300 articles tous blogs confondus :-), nous avons exploré le cinéma, la littérature, la musique, le monde du travail et les archives de Levallois. Vous avez lu, commenté, aimé, critiqué et partagé tous ces articles et nous vous en remercions !

Nous reprendrons nos publications à la rentrée avec plein d’enthousiasme et de nouvelles idées pour la nouvelle saison.

Vacanciers ou pas, profitez des mois de juillet-août pour (re)découvrir tous nos articles précédents et satisfaire, susciter ou raviver toutes vos envies  : cinéma, musique, lecture, histoire locale et même travail au plus chaud de l’été.

N’oubliez pas : sur le site de La Médiathèque, les ressources en ligne et les blogs restent en ligne 24h/24 où que vous soyez.

Bon été à tous !

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My skinny sister, ou les remous de l’anorexie à l’écran

21 Sep

Récompensé par un Ours de Cristal Génération Kplus au Festival de Berlin 2015, My skinny sister (Min lilla syster), le premier long métrage de la réalisatrice suédoise Sanna Lenken, est une plongée au cœur d’une famille dont l’équilibre est bouleversé par l’anorexie de l’une des filles. Comme la réalisatrice l’a confié lors de la présentation de son long métrage en France fin 2015, l’inspiration de ce film est autobiographique : « il y en a peu sur l’anorexie et je voulais en parler ». Cette volonté de témoigner, associée à une exécution maitrisée, font de My skinny sister un film délicat et grave, à voir à tous les âges.

L’histoire est celle d’une prise de conscience : dans une famille tranquille, unie et aimante, Katja, une jeune fille sans problèmes, belle et passionnée de patinage, bascule dans un processus anorexique sans que personne ne s’en rende compte. Seule sa petite sœur Stella, en admiration devant sa grande sœur talentueuse, perçoit les dysfonctionnements de comportement de son aînée. Le film se concentre alors non pas « sur » l’anorexie – finalement assez peu traitée de façon directe – mais « autour » : à savoir ce qui se passe pour la famille et comment les relations aux autres sont affectées par la maladie.

Le regard d’une sœur

Le film commence par le silence et le regard acéré de Stella, la petite sœur, sur un scarabée, dont la carapace et la maladresse de comportement semblent le symbole de l’ado. Souvenez-vous du complexe du homard dont parlait Dolto. De fait l’adolescence et ses tourments sont au cœur du film : métamorphoses du corps, bouleversements physiques et psychologiques, premiers émois et recherche de soi au travers du regard sans cesse porté sur les autres.

Ainsi c’est par le regard de cette petite sœur en plein âge ingrat mais attachante que le spectateur entre dans la vie de la famille. Stella découvre le mal-être de sa sœur. Sans les moyens d’analyser ce qui arrive,  elle possède néanmoins des qualités que les adultes autour d’elle semblent avoir oubliées :  observation et attention. Mais complice involontaire du secret de sa sœur, Stella est perdue. D’autant qu’elle est aussi amoureuse et très troublée par l’entraineur de sa sœur…

Ce choix de point de vue via le personnage de Stella permet de porter un regard à la fois distancié, candide, mais de bon sens, sur  le drame en train se jouer : un des membres de la famille est en danger de mort. Cela permet aussi de déporter habilement le sujet vers ce que les autres perçoivent, ressentent et vivent autour d’une personne anorexique.

Ce choix narratif est souligné par la caméra qui suit Stella, avec des gros plans sur son visage ou encore de longs moments sur son corps tourné contre la vitre de la voiture parentale, observant le paysage qui défile sous ses yeux. Ces moments de déplacement dans l’espace sont comme des ralentis, matérialisant la montée de l’angoisse intérieure de l’enfant. Tous ces moments passés à observer en silence semblent traduire l’incompréhension et l’impuissance de l’enfant face à des événements qui s’enchaînent sans qu’elle puisse les déchiffrer ou les arrêter.

La jeune fille et la mort*

 Amy Deasismont, Rebecka Josephson © Moritz Schultheiß

Amy Deasismont, Rebecka Josephson
© Moritz Schultheiß

Cette narration via le regard de l’enfant apporte candeur, légèreté et gaité, mais aussi gravité : notamment dans les relations entre les deux sœurs, dans ces scènes de connivence où complicité, affection, rivalité et rires ne manquent pas de rappeler d’autres films comme Virgin suicide ou plus récemment MustangOutre leur esthétique, le point commun de ces trois films pourrait ainsi être une façon de montrer l’intimité sororale, entre tendresse du regard et mélancolie. Mais le fil qui relie plus certainement ces films est leur arrière-plan, – dit ou non-dit – : le risque de mort, voire la mort effective.

Ainsi, le film parle de la mort ou plus exactement du rapport à la mort, notamment dans ce moment de passage qu’est l’adolescence. Là encore, la réalisatrice choisit d’aborder ce thème avec discrétion, en utilisant un point de vue particulier, puisque justement, c’est ce que personne ne voit et que personne ne dit…

Qu’elle se situe dans l’envie de grandir et dans le désir de mort, la problématique du temps est ainsi un des thèmes importants du film. Dans la famille, Stella est celle qui prend le temps : de regarder et de rêvasser alors que tout autour d’elle se bouscule. Dans le film, les rythmes s’entrecroisent : la lenteur des rêveries de Stella, la suractivité professionnelle des parents, la pression avant la compétition pour Katja, et enfin l’urgence devant la maladie. Les images soulignent la relation au temps mais on peut regretter parfois que le parti pris esthétique semble l’emporter sur la narration, notamment dans la répétition de plans très lents.

*Titre emprunté à l’œuvre de Schubert (Der Tod und das Mädchen = La Jeune Fille et la Mort)

Un film impliqué

sanna lenken

Feb 14, 2015 Sanna Lenken

Avec son court métrage Eating lunch en 2013, la réalisatrice a montré combien le thème de l’anorexie adolescente lui importe  : aujourd’hui, My skinny sister est un film impliqué et puissant. Sa récompense par l’Ours de Cristal du meilleur film Génération catégorie Kplus à la Berlinale 2015 est symbolique puisque ce prix est attribué par un jury composé de jeunes de l’âge des héroïnes.

La réussite et la sincérité du film doivent aussi beaucoup au jeu des actrices : Katja est interprétée par Amy Deasismont, la jeune chanteuse Amy Diamond très célèbre en Suède, dont la sensibilité de jeu a immédiatement convaincu la réalisatrice. Stella est incarnée par Rebecka Josephson, formidable de fraicheur et de naturel, une sorte de pendant féminin d’Antoine Doinel dans Les 400 coups.

Bien sûr, on pourra regretter quelques longueurs et d’autres défauts sans doute inhérents à une première longue œuvre.

Quoiqu’il en soit, My skinny sister est un film fort qui parle de l’anorexie et des remous que la maladie provoque. Si son sujet est grave et qu’il est nécessaire de le porter à l’écran, le film est souvent drôle et émouvant. Le refus de tout pathos, la délicatesse, et la façon de parler de l’anorexie en l’attaquant par sa périphérie, donnent à cette première longue œuvre de Sanna Lenken une sensibilité et une justesse qui parlent à tous.

Le film est disponible en VOD à La Médiathèque. Il sera projeté dans le cadre de Cin’Eiffel + le dimanche 14 mai 2017.

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Les blogs de La Médiathèque sont en pause estivale

18 Juil

Les blogs de La Médiathèque cessent de publier de la mi-juillet à la fin août 2016. L’équipe des rédacteurs se repose et vous souhaite un excellent été, riche en découvertes et aventures, qu’elles soient à la ville, à la campagne ou à la plage 🙂

Nos publications reprendront à la rentrée avec plein d’énergie et de nouvelles idées pour une belle saison 2016-2017.

Vacanciers ou pas,  profitez des mois de juillet-août pour (re)découvrir tous nos articles précédents et satisfaire, susciter ou raviver toutes vos envies : cinéma, musique, lecture et même travail au plus chaud de l’été.

N’oubliez pas : sur le site de La Médiathèque, les ressources en ligne et les blogs restent en ligne 24h/24 où que vous soyez.

Cafe Society, un Woody Allen pour les amoureux

28 Juin

Depuis des années, Woody Allen et moi, ça se passait en automne : septembre pour Blue Jasmine, Magic in the Moonlight, octobre pour Irrational Man. Un an entre chaque retrouvaille pour avoir le temps de m’impatienter et, lui, de préparer un nouveau film. Mais voilà qu’en ce printemps 2016, avec Cafe Society sur les écrans, le réalisateur bouleverse mes habitudes, semblant avoir été atteint de prolixité et peut-être d’un soupçon de précipitation… Mais il en profite pour renouer avec le charme des premières amours. Les siennes et celles de ses inconditionnels de la première heure.
woody allenQuand on aime, il est clair qu’on accepte tout, le meilleur et le pire. Dans les passes difficiles, on essaie de retrouver l’étincelle qui confirme que l’objet d’amour est resté digne de cet amour, malgré des faiblesses, des longueurs et une certaine routine … Cafe Society présente tous les charmes d’un Woody Allen, bon, fidèle et virtuose. Mais il lui manque ce petit je-ne-sais-quoi qui en ferait un des films magiques d’une filmographie étonnamment riche. Pour mémoire, 76 œuvres (séries et films) au crédit du réalisateur de 81 ans…

Le reproche (de passionnée) que l’on pourrait faire à ce dernier film est que Woody Allen ne joue pas dedans. Quand le maître himself était sur l’écran, quelle merveille ! Depuis Scoop, son absence est une évidence, malgré une apparition dans To Rome with love qui ne laisse pas un grand souvenir. Mais il sait trouver des acteurs qui, sans jamais l’égaler (oui, je suis clairement de parti-pris), apportent un plus à ses personnages et, cette fois, c’est un Jesse Eisenberg tout en finesse qui remplace celui qui fut le premier à donner un ton si particulier au personnage allenien. Quoique, de mon point de vue, Woody Allen soit à jamais irremplaçable 🙂

Sans crainte de spoiler, je tiens à prévenir les spectateurs qui, comme moi, furent séduits par les Woody Allen d’origine : son personnage principal est un héros. Ainsi, suivant la tendance de ses derniers films, la comédie est devenue douce-amère, voire dramatique et l’angoisse profonde et existentielle…

Car Bobby Dorfman, incarné par Jesse Eisenberg, n’a plus la maladresse des anti-héros alleniens. Souvenez-vous d’eux  : tous ceux qui avaient toutes les chances de perdre mais restaient de façon hautement improbable persuadés de réussir : de Annie Hall à Escrocs mais pas trop, l’anti-héros a longtemps été la marque de WA.

Passons, l’amour rend nostalgique et on n’oublie jamais ses premières amours, réelles, fictionnelles ou cinématographiques. C’est bien ce que semble affirmer WA dans Cafe Society, qui a des accents de « retour sur ma vie » (la sienne). Car il y est question d’un jeune homme tenté par les sirènes d’Hollywood qui finalement revient à New York mais n’oublie rien du passé…

Cafe Society est bien un Woody Allen

Une chose est certaine : on trouve dans Cafe Society tous les ingrédients qui font la signature et les qualités du maître.

Site-officiel-woody-allenUne forme bâtie sur une structure qui a fait ses preuves avec :

  • un narrateur en voix off : regard et commentaires de démiurge regardant ses personnages se débattre avec leur Destin… avec un effet de mise à distance pour le spectateur.
  • des personnages caractérisés et archétypaux : outre le jeune juif new-yorkais au cœur pur, on trouve une jeune femme pragmatique, incarnée par Kristen Stewart, une famille haute en couleur, quelques riches héritières, et celui qui a réussi, l’oncle agent de stars à Hollywood.
  • une période, les années 30, avec une musique, le Jazz, des costumes fabuleux, des coiffures aux petits airs de Peaky Blinders et des décors années folles à la Gatsby.
  • un jeu sur l’esthétique : images, couleurs et lumière retravaillées. L’origine sociale et le milieu naturel des personnages sont l’occasion pour Allen de jouer sur le cadrage et la composition de véritables tableaux. Il insère des vignettes esthétiques, notamment dans les décors de l’appartement de la mère ou sur les docks, qui font indéniablement penser aux œuvres du photographe anglais Martin Parr, qui travaille, lui aussi, sur l’exagération, le décalage et les juxtapositions incongrues. Le plan de la chambre à coucher avec un dessus de lit, un papier peint, des cadres au mur et le pull-over du personnage est à ce titre un morceau d’anthologie.
  • de l’humour : un croisement réussi d’autodérision et de lucidité, composé de dialogues, de jeu sur le non-sens et d’ellipses dans la narration. Les scènes avec le frère mafieux sont ainsi des modèles du genre, où le raccourci de pensée s’exprime en images, matérialisé par une juxtaposition de plans.

Des thèmes récurrents :

  • les idéaux, en particulier ceux qu’on a perdus, soit des parcours de vie entre déception, aveuglement et aménagement de l’éthique personnelle.
  • la question de l’argent : en gagner, en perdre, en voler…
  • la question de l’échec ou de la réussite d’une vie… avec ses corollaires : lucidité, pessimisme, désespoir sous la légèreté apparente. (Noter à ce sujet le fond noir de l’affiche, que d’aucuns pourraient interpréter comme un message.)
  • le rapport au divin avec la remise en question des traditions culturelles ou religieuses, soulignée par des répliques savoureuses, teintées d’ironie et de réflexion sur l’absurde.

Je proteste contre le silence*

*dit un des personnages à propos de Dieu qui ne répond jamais à ses prières.

Café Society : Blake Lively, Jesse Eisenberg. Copyright Gravier productions Inc. Sabrina Lantos

Café Society : Blake Lively, Jesse Eisenberg. Copyright Gravier productions Inc. Sabrina Lantos

À cette liste non exhaustive de la « patte » WA,  il faut ajouter New York. L’attachement viscéral du réalisateur à sa ville se confond ici avec celui de son héros, le transformant en un double juvénile du réalisateur new-yorkais. Montrant une nouvelle fois la capacité du maître à se métamorphoser et se reproduire dans le jeu de ses acteurs… Après Barcelone, Rome et Paris, WA dit dans Cafe Society : rien ne vaut New York, Central Park, ses bagels et son Bronx.

Mais alors ? Qu’est-ce qui manque à Cafe Society  ?

Après réflexion, et le cœur lourd, je dirais le rythme…

Est-ce la multiplication d’intrigues secondaires (les affaires louches du frère, les relations de voisinage de la sœur, les amitiés du héros…) qui finissent par tisser une sorte de broderie de remplissage (oh pardon Woody) autour de la trame principale ? Est-ce cette profusion qui donne cette impression de trop confinant au pas assez ? Ou est-ce cette mélancolie latente et ce ralentissement inéluctable des choses, déjà sensibles dans les derniers films ?

Toujours est-il que malgré ses qualités formelles, stylistiques et intemporelles, la magie du contrepoint allenien fonctionne moins bien dans Cafe Society… Et je suis au regret de le dire, malgré mon admiration, mon respect et ma passion sans faille pour Woody Allen, on s’ennuie au Cafe Society. Un peu comme à ces réunions de famille, où l’on se retrouve avec plaisir, où l’on reconnait les histoires et les souvenirs, mais où finalement il manque l’étincelle… Et d’où on repart attristée à l’idée que peut-être ce sera le dernier…

Hail Caesar, l’art grinçant des frères Coen

15 Mar

Renouant avec la comédie, l’humour et le déjanté intelligent, voilà que les frères Coen s’attaquent au monstre « Cinéma » et à la machine hollywoodienne. Leur dernier film  Hail Caesar (Ave César pour le titre français) associe un scénario simple (une journée dans la vie de…), des acteurs à contre-emploi, des images à l’esthétique soignée, des références cinématographiques et… un certain sens du kitsch ! Comme à leur habitude, Joel et Ethan Coen y vont avec intelligence, dérision, clins d’œil et gros sabots parfois, mais surtout avec une évidente allégresse à bousculer les clichés et les genres.

Une journée particulière

Dans les années 1950, en plein maccarthysme et chasse aux sorcières communistes, Edward Mannix, incarné par Josh Brolin, doit, comme chaque jour, faire tourner la production des studios Capitole, gérer les questions de tournage et principalement résoudre les problèmes des stars présentes sur les différents plateaux.

hail-caesar-josh brolinLe film aurait été inspiré de la vie du « fixer » Eddy Mannix (qui apparaît dans le film Hollywoodland de Allen Counter, 2006). La fonction de « fixer » pour une production n’a pas d’équivalent français : le terme vient du verbe « to fix » (réparer, arranger) et son travail consiste à gérer les problèmes. C’est donc une sorte de « solutionneur », gestionnaire de tous les maux techniques et  humains d’un studio de cinéma. Au vu de la personnalité de ce nouveau héros Coenien, on peut imaginer que les frères Coen, qui n’en sont pas à un clin d’oeil près, ont pu penser au personnage de la série américaine des années 70 du siècle dernier, Mannix, détective bien coiffé et inflexible qui cachait un cœur pur et sensible 🙂

Toujours est-il que, de jour comme de nuit, stars, réalisateurs et journalistes ne laissent aucun répit ou repos à Eddy Mannix… qui, débordé de travail, hésite à prendre un emploi de bureau, stable, plein d’avenir (!) et bien payé, au service d’une multinationale qui fait des essais atomiques dans les îles du Pacifique… Remarquons au passage l’ironie d’une offre professionnelle présentée comme mirifique en 1950. Ainsi, sous des airs de comédie, sont abordées au cours du film diverses questions de société importantes, qui, si elles sont bien celles d’une époque, ouvrent le champ à une réflexion plus large et contemporaine : la religion, le communisme, le capitalisme, les valeurs d’un pays …

Revenons à Mannix, qui, tourmenté par le souci d’être honnête et juste dans ses actes, va à confesse plus que de raison. Au cours de cette journée particulière, il va devoir régler une affaire de kidnapping : dans l’un des studios de la production, où un péplum sur la vie de Jésus arrive en fin de tournage, une célèbre star (incarnée par Georges Clooney) joue un centurion romain touché par la foi. Or, en pleine « peur rouge », une clique de scénaristes s’estimant lésés dans leurs contrats et droits (ce n’était pas encore l’âge d’or des scénaristes et autres show-runners de série tv) militent pour leurs droits d’auteurs et enlèvent la star, qui se trimballe, outre son armure, un bon passif d’alcoolique, des neurones ralentis et quelques casseroles côté réputation…

 

Imaginez la suite, quand par ailleurs le rôle phare d’un film d’auteur est confié à un vacher, spécialiste de film de cow boy, un peu comme si on confiait un rôle de composition psychologique version actor studio à Jean-Claude Vandamme (avec tout le respect que l’on doit à cet acteur). Ou quand des représentants des communautés religieuses, conviés à réfléchir à la véracité des évènements historico-religieux, se crêpent le chignon… Ou qu’une sirène ne supporte pas son costume moulant d’écailles.
Voilà le contexte planté, le tout dans un décor grandiose de studio, carton pâte et autres sublimes mises en scène hollywoodiennes.

Un hommage au cinéma

Tous les genres, symboles et réussites du grand cinéma américain populaire défilent : évidemment le peplum, le western, mais aussi la comédie musicale façon Broadway, le cinéma musical aquatique avec un hommage à Esther Williams ou encore le polar noir des fifties avec ses vamps… Mais au-delà du cinéma américain, du Cuirassé Potemkine au Bal des sirènes, en passant par Ben Hur, les amateurs retrouveront dans Hail Caesar trace de films devenus cultes. Ils se réjouiront aussi des images soignées, de la lumière travaillée et de nombre de plans constituant de véritables vignettes esthétiques dans la narration. Éclectiques et amateurs, les frères Coen puisent à tous les arts : ainsi la scène superbe de l’embarquement sur le sous-marin prend des allures de tableau de Delacroix, et se mythifie au son de chœurs de l’Armée rouge bravant une mer déchainée… Notons au passage, et comme à leur habitude, la qualité de l’univers musical des frères Coen, avec une musique composée cette fois par Cartel Burwell (avec des extraits à écouter sur son site – en anglais).

Utilisant tout du long leur parfaite connaissance de l’histoire et du présent de l’industrie cinématographique, les frères Coen en ont appelé à leurs acteurs fétiches et se sont fait une joie de les utiliser à contre-emploi de leur image habituelle : renouant avec son rôle de décervelé dans O’Brothers, le beau Georges Clooney, défiguré par une frange impériale, est rendu plus bête que Brice de Nice et évoque le personnage un peu crétin de Brad Pitt dans Burn after reading. La prestation de Tinda Swilton dans les twins sisters journalistes, hydre à deux têtes fouineuses, est assez saisissante. Quant à la chiquissime et distinguée Scarlett Johansson, transformée en blonde vulgaire, finaude bimbo qui ne s’en laisse pas compter, elle incarne une sorte d’Arletty version US, ambitieuse, un peu « P. » au grand cœur.

Mais le vrai sujet du film, c’est le cinéma, l’usine à rêves, celle qui produit un cinéma populaire (sans connotation péjorative). C’est peut-être aussi un film qui rend hommage aux Etats-Unis et à la puissance de son cinéma – n’oublions pas que les frères Coen ont participé au scénario du dernier Spielberg, Le pont des espions, véritable hymne à la patrie de la part d’un grand réalisateur de cinéma à grande échelle. Enfin, Hail Caesar, c’est la passion, la foi en l’art, en sa capacité à sublimer le monde et la croyance en des valeurs, celles qui font qu’un film peut se faire grâce à tous les échelons et où chacun doit être respecté pour sa part au grand œuvre :

– Chacun son job, dit en substance Mannix à Georges Clooney, quand l’autre s’essaie à penser :  toi c’est acteur, alors tu joues !

Bref, tous les composants y sont pour passer un vrai bon moment de cinéma, décalé, grinçant et, sous des apparences légères, non dénué de sens critique. Véritable plongée dans les coulisses et les arrière-cours, là où on fabrique les stars, le rêve et l’illusion, Hail Caésar des frères Coen, c’est un peu le côté obscur de la force d’Hollywood 🙂

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