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Leni Riefensthal

13 Fév

Cin’Eiffel présente jeudi 15 février 2018, La Lumière bleue de Leni Riefensthal, Lion d’argent à la Mostra de Venise (nouvelle fenêtre) en 1932.  Pour l’occasion, Lilian Auzas (nouvelle fenêtre), auteur de Riefensthal (nouvelle fenêtre) présentera, commentera et échangera avec les spectateurs sur son film préféré.

@Leni Riefensthal

Quand on parle de Leni Riefensthal (1902-2003), on pense immédiatement à « la cinéaste du IIIème Reich ». Certes, elle fut la « douce amie d’Hitler » et réalisa des films de propagande avec notamment Le triomphe de la Volonté, documentaire sur le 6ème Congrès du parti nazi à Nuremberg en 1934. Considéré comme le film de propagande par excellence, Leni Riefensthal emploie des techniques cinématographiques spectaculaires pour l’époque (rails de travelling, ascenseur construit pour élever la caméra à la hauteur de 38 mètres), bénéficie d’un budget illimité et d’une équipe de 120 personnes (16 opérateurs, 16 assistants réalisateurs, 30 caméras, 4 équipes de prise de son, 22 voitures avec chauffeurs, etc). L’objectif de la réalisatrice, mettre son talent au service du régime, glorifier et mythifier son sujet, Adolf Hitler. Interrogée sur son film, Leni Riefensthal dira :

« A chaque congrès national-socialiste, des dizaines de films ont été tournés. Si les miens sont restés en mémoire, c’est qu’ils étaient peut-être les meilleurs ».

« Artistiquement elle est un génie, et politiquement, elle est une imbécile. »- Liam O’Leary, historien du cinéma.

@Leni Riefensthal

Puis elle obtient la consécration et de nombreux prix en réalisant (à la demande d’Hitler) Les Dieux du stade (dont le titre original est Olympia) pour les Jeux Olympiques d’été de Berlin en 1936. Encore une fois, c’est sa vision esthétique qui retient l’attention mais également ses innovations techniques : elle filme les athlètes au ralenti, utilise des caméras sous-marines, invente la caméra catapulte pour filmer les épreuves de saut à la perche, etc. La réalisatrice veut magnifier les corps masculins pendant l’effort, montrer la virilité, la beauté. Les images des victoires de Jesse Owens (nouvelle fenêtre) feront le tour du monde, ainsi que la traversée européenne de la flamme olympique depuis l’Acropole. En 2003, Leni Riefensthal dira au journal l’Equipe :

J’ai tourné Olympia comme une célébration de tous les athlètes et un rejet de la théorie de la supériorité de la race aryenne.

Pour toutes ces raisons, le film de Leni Riefensthal rentrera dans l’Histoire du cinéma et est considéré comme l’un des plus grands documentaire sportif du XXème siècle.
Si vous souhaitez aller plus loin, voici une très bonne analyse du film faite par Ciné Qua Non, Association cinéphile & société de production étudiante (nouvelle fenêtre)

Une artiste avant tout en quête de la beauté et d’harmonie

En effet, bien avant d’être happée par l’Histoire, Leni Riefenstahl se destinait à une carrière de danseuse. Mais suite à un accident, elle se dirigea vers le cinéma. En tant qu’actrice de films alpestres (nouvelle fenêtre) puis en tant que réalisatrice.

Après la guerre, rejetée de toute part, l’industrie cinématographique lui tourne le dos. Elle devient une pestiférée. Elle se tourne vers la photographie et initie plusieurs projets documentaires. Car oui, elle n’a cessé de célébrer la beauté.
C’est en lisant Les vertes collines d’Afrique d’Ernest Hemingway (nouvelle fenêtre), récit autobiographique, où il conte ses exploits de chasseur, que Leni Riefensthal fascinée, part au Soudan, et obtient l’autorisation de se rendre dans les monts Noubas afin de rencontrer la tribu les Noubas (nouvelle fenêtre). De ces différents séjours au Soudan dans les années 60-70, elle publiera Les Noubas et Les Noubas de Kau.

Photographe des fonds marins

Elle parvient à la fin de sa vie à obtenir un brevet de plongée sous-marine et va filmer dans les années 70 les fonds marins du monde entier. Elle publie un livre de photographie intitulé Jardins de corail. Encore une fois, Leni Riefensthal veut exprimer et transmettre son ressenti face à la beauté du monde. Et elle le répète inlassablement jusqu’à sa mort en 2003 :

Depuis toujours, je suis fascinée par la beauté, la force, la santé et la vie. J’ai trouvé tout cela sous l’eau. C’est un jardin de pure harmonie, une liberté absolue.

Faites votre cinéma à La Médiathèque !

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« Une idée folle » mais pas utopique !

19 Sep

Dimanche 24 septembre 2017 à 15h, ne manquez pas notre première séance Cin’Eiffel+ de la saison à la médiathèque Gustave-Eiffel. Une séance exceptionnelle avec la projection citoyenne du film Une idée folle, de Judith Grumbach. Puis vous pourrez échanger autour des questions concernant l’éducation, le rôle de l’école et  la citoyenneté traitées dans le film avec la réalisatrice Judith Grumbach qui nous fera l’honneur de sa présence !

Synopsis : Tourné dans neuf établissements scolaires – publics et privés, de la maternelle au collège, aux quatre coins de la France – Une Idée Folle pose la question du rôle de l’école au XXIème siècle, à travers le témoignage d’enseignants, d’enfants, de parents ainsi que d’experts de l’éducation. À quels défis les citoyens de demain vont-ils devoir faire face et comment les y préparer ? En cultivant l’empathie, la créativité, la coopération, la prise d’initiative ou encore la confiance en soi et l’esprit critique chez les élèves, en parallèle des savoirs fondamentaux, les enseignants de ces écoles font un rêve fou : celui de former une future génération de citoyens épanouis et responsables qui auront à cœur de transformer positivement la société qui les entoure.

  • Le projet

À l’initiative de ce projet, Ashoka, une organisation à but non lucratif, internationale, apartisane et aconfessionnelle qui depuis 35 ans accélère l’innovation sociale en soutenant les solutions entrepreneuriales les plus impactantes dans tous les domaines de la société. En 2015, elle contacte Judith Grumbach pour réaliser une série de courtes vidéos sur les neufs établissements scolaires qu’elle soutient. C’est finalement sous la forme d’un documentaire de 80 minutes, enrichies d’entretiens d’experts que la réalisatrice signe son premier film.

  • Un film nécessaire

Le système éducatif français semble être à bout de souffle. On constate d’un côté des professeurs « largués », de l’autre des élèves démotivés. Alors existe-t-il une recette miracle pour améliorer la situation ? Judith Grumbach part à la rencontre d’enseignants utilisant la liberté pédagogique qui est la leur et d’élèves, qui en plus des principaux savoirs apprennent l’écoute, l’empathie, la prise d’initiative, la coopération, la confiance en soi… Une idée folle ne dit pas comment les enseignants doivent travailler mais revalorise leur métier et donne de l’espoir. De plus, le film va bien au-delà de la simple question du rôle de l’école au XXIème siècle, il questionne sur ce que cela veut dire, être citoyen à notre époque.

Pour plus d’informations sur le film, rendez-vous sur le site officiel et surtout venez le découvrir le 24 septembre à 15h à la médiathèque Gustave-Eiffel !

Faites votre cinéma à La Médiathèque !

 

Le webdoc à l’assaut de 14

29 Sep
Commémorations, expositions et souvenirs, 2014 se souvient de ceux de 14. Il faut dire qu’il ne reste plus grand chose de ce monde-là, Le monde d’hier comme dirait un certain Zweig.

Plus de poilus… En France, le dernier, le légionnaire Lazare Ponticelli,  s’est éteint en 2008 à 110 ans, longévité exceptionnelle qui, par une coïncidence étrange, se trouve partagée par d’autres vétérans de la Grande Guerre  :  le  Britannique Claude Choules mort à 110 ans en 2011, précédé de peu par  l’Américain Franck Buckles, 110 ans lui aussi.

Plus de témoins directs pour cette guerre mondiale, qui un siècle plus tard, est complètement détachée de l’expérience vécue et transmise par ces générations qui l’ont soit faite soit entendue de leurs aïeuls. Devenue pour nous aujourd’hui une double-page dans des manuels d’histoire, quelques heures de cours au lycée et la somme abstraite de chiffres hallucinants qui par leur grandeur n’évoquent plus rien de concret : près de 5 millions de morts de part et d’autre, plus de 20 millions de blessés , un événement historique et distant de nous au même titre que la guerre de 1870 ou les conquêtes napoléoniennes. Un événement analysé, décortiqué et quantifié au risque de nous faire perdre toute  sensibilité.

Sans rentrer dans un débat qui chercherait à opposer mémoire à histoire et affirmer, comme  le sociologue Maurice Halbwachs, que« l’histoire ne commence qu’au point où finit la tradition, au moment où s’éteint ou se décompose la mémoire sociale »,  le documentariste Jacques Grison, dans son webdocumentaire L’enfant de Verdun,  s’est posé la question. Comment parler de cette guerre aujourd’hui ?

Jacques Grison a choisi de filmer le Verdun d’aujourd’hui  : des paysages vallonnés par les obus de mortier d’il y a cent ans, des lieux où il jouait enfant, le champ de bataille où se sont battus ses grands-pères.

Et ce sont des traces, des paysages, des objets, des lumières qui nous font ressentir cette guerre. Les  reliefs rouillés, abandonnés et érodés d’un quotidien éteint donnent corps  et voix à des hommes, et  rendent le passé sensible, émouvant, comme quand on lit ces lettres de poilus morts depuis longtemps, ou qu’ on écoute les témoignages enregistrés de vétérans.

Pour les puristes du webdoc, L’enfant de Verdun pourra sembler un peu trop linéaire et manquer d’interactivité. Mais pour moi, ce choix de conception accentue l’impression de temps arrêté et de mélancolie d’une promenade aux champs d’honneur.

Un excellent webdocumentaire produit par Narrative en 2008 (06:46)

En passant

Voir Les Maîtres fous de Jean Rouch

29 Nov

Voici quelques articles susceptibles de poursuivre la discussion entamée hier soir à la suite de la projection de Petit à petit de Jean Rouch. Ce film de 1970, qui n’est ni un documentaire ni une fiction, mais une docufiction, a pu dérouter dans l’exposition de son contenu : en effet Petit à petit raconte une histoire, est très narratif tout en conservant son caractère éminemment documentaire.

Si les scènes sont jouées, les situations mises en scènes, elles sont toujours au plus près des acteurs – on comprend aussi, en voyant Petit à petit, pourquoi Rouch devint une référence pour les auteurs de la Nouvelle vague…

Quelques articles donc :

Etudes africaines

Cinéclub de Caen

Libération

Mais Jean Rouch est plus directement connu pour son travail d’ethnologue : il a ainsi consacré sa vie à étudier et à filmer les rites et coutumes de peuples africains. L’un de ses documentaires les plus fameux, qui reçut le Grand Prix de la Biennale internationale du cinéma de Venise lors de la Mostra en 1957, est Les Maîtres fous, que nous vous proposons en streaming ici.

Le film

Benoît N.

Cultures, mixité, altérité : Petit à petit, une docufiction de Jean Rouch

26 Nov

Jean Rouch

Jean Rouch naît à Paris en 1917 et meurt accidentellement en 2004 au Niger, lors d’une ultime mission dans ce pays qu’il avait découvert en 1941 et qu’il finit par adopter comme sa seconde patrie, y séjournant chaque année et n’ayant de cesse de filmer ses rites et coutumes, son mode de vie. Plus largement, c’est une grande partie de l’Afrique noire qu’il contribuera à faire connaître.

Ethnologue et cinéaste, inventeur de ce que l’on a l’habitude d’appeler l’ethnofiction, sous-genre de la docufiction (qui a pour ambition, dans une volonté de cinéma direct, de capturer la réalité « telle qu’elle est »), il laisse une œuvre majeure, avec notamment plus de 120 films.
Par son travail, son engagement, Jean Rouch transforma notre regard sur les civilisations africaines, d’hier et d’aujourd’hui.

Petit à petit, que nous projetons jeudi 28 novembre au Cin’Eiffel de Levallois, dans le cadre du Mois du film documentaire, est un parfait exemple de l’approche ethnologique et cinématographique de Jean Rouch. Le film débute à Niamey au Niger, se poursuit à Paris, avant de revenir à Niamey (avec une incursion aux Etats-Unis…). Damouré, à la tête d’une entreprise d’import-export, se rend à Paris pour voir à quoi ressemble les « maisons à étage » et comment on peut vivre dedans, dans le but d’en construire de semblables à Niamey. C’est alors l’occasion pour Rouch de procéder à une étude comparative des cultures africaines et occidentales, à l’assimilation de l’une par l’autre, à leur irréductibilité, à leur mélange, à leur apport respectif… Damouré s’aperçoit très vite que la vie parisienne n’est pas transposable en l’état à Niamey…
Petit à petit, qui date de 1971, n’est ni tout à fait un documentaire, ni tout un fait une fiction, mais bien l’un et l’autre : une docufiction. Un documentaire mis en scène, peut-être parce que la vraisemblance ou le vraisemblable (une réalité rendue nécessaire au sens où l’entendait Aristote dans sa Poétique – nécessité que rend possible le format court d’un film) permettent de mieux appréhender les différences de deux civilisations qui, plutôt que de réduire l’une à l’autre, ont à s’enrichir l’une de l’autre. Il est beaucoup question dans ce film de la possibilité même de la mixité, de la coexistence de différentes cultures dans une même société, dans le respect de chacun. C’est en cela aussi que petit à petit est un film remarquablement moderne.

Petit à petit est encore une réflexion sur le capitalisme et sur le mirage exercé par l’occident (tel un nouvel Eldorado) sur le reste du monde. Cette docufiction de Rouch est très subtile en ce que son propos n’est ni dichotomique ni naïf : elle nous apprend à respecter l’autre, au sens le plus fort de l’altérité, et à nous questionner sur l’importation/exportation de nos modes de vie qui, implacablement, doivent faire avec leur environnement.

Benoît N.

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