Tag Archives: Cinéma africain
En passant

Voir Les Maîtres fous de Jean Rouch

29 Nov

Voici quelques articles susceptibles de poursuivre la discussion entamée hier soir à la suite de la projection de Petit à petit de Jean Rouch. Ce film de 1970, qui n’est ni un documentaire ni une fiction, mais une docufiction, a pu dérouter dans l’exposition de son contenu : en effet Petit à petit raconte une histoire, est très narratif tout en conservant son caractère éminemment documentaire.

Si les scènes sont jouées, les situations mises en scènes, elles sont toujours au plus près des acteurs – on comprend aussi, en voyant Petit à petit, pourquoi Rouch devint une référence pour les auteurs de la Nouvelle vague…

Quelques articles donc :

Etudes africaines

Cinéclub de Caen

Libération

Mais Jean Rouch est plus directement connu pour son travail d’ethnologue : il a ainsi consacré sa vie à étudier et à filmer les rites et coutumes de peuples africains. L’un de ses documentaires les plus fameux, qui reçut le Grand Prix de la Biennale internationale du cinéma de Venise lors de la Mostra en 1957, est Les Maîtres fous, que nous vous proposons en streaming ici.

Le film

Benoît N.

Publicités

Cultures, mixité, altérité : Petit à petit, une docufiction de Jean Rouch

26 Nov

Jean Rouch

Jean Rouch naît à Paris en 1917 et meurt accidentellement en 2004 au Niger, lors d’une ultime mission dans ce pays qu’il avait découvert en 1941 et qu’il finit par adopter comme sa seconde patrie, y séjournant chaque année et n’ayant de cesse de filmer ses rites et coutumes, son mode de vie. Plus largement, c’est une grande partie de l’Afrique noire qu’il contribuera à faire connaître.

Ethnologue et cinéaste, inventeur de ce que l’on a l’habitude d’appeler l’ethnofiction, sous-genre de la docufiction (qui a pour ambition, dans une volonté de cinéma direct, de capturer la réalité « telle qu’elle est »), il laisse une œuvre majeure, avec notamment plus de 120 films.
Par son travail, son engagement, Jean Rouch transforma notre regard sur les civilisations africaines, d’hier et d’aujourd’hui.

Petit à petit, que nous projetons jeudi 28 novembre au Cin’Eiffel de Levallois, dans le cadre du Mois du film documentaire, est un parfait exemple de l’approche ethnologique et cinématographique de Jean Rouch. Le film débute à Niamey au Niger, se poursuit à Paris, avant de revenir à Niamey (avec une incursion aux Etats-Unis…). Damouré, à la tête d’une entreprise d’import-export, se rend à Paris pour voir à quoi ressemble les « maisons à étage » et comment on peut vivre dedans, dans le but d’en construire de semblables à Niamey. C’est alors l’occasion pour Rouch de procéder à une étude comparative des cultures africaines et occidentales, à l’assimilation de l’une par l’autre, à leur irréductibilité, à leur mélange, à leur apport respectif… Damouré s’aperçoit très vite que la vie parisienne n’est pas transposable en l’état à Niamey…
Petit à petit, qui date de 1971, n’est ni tout à fait un documentaire, ni tout un fait une fiction, mais bien l’un et l’autre : une docufiction. Un documentaire mis en scène, peut-être parce que la vraisemblance ou le vraisemblable (une réalité rendue nécessaire au sens où l’entendait Aristote dans sa Poétique – nécessité que rend possible le format court d’un film) permettent de mieux appréhender les différences de deux civilisations qui, plutôt que de réduire l’une à l’autre, ont à s’enrichir l’une de l’autre. Il est beaucoup question dans ce film de la possibilité même de la mixité, de la coexistence de différentes cultures dans une même société, dans le respect de chacun. C’est en cela aussi que petit à petit est un film remarquablement moderne.

Petit à petit est encore une réflexion sur le capitalisme et sur le mirage exercé par l’occident (tel un nouvel Eldorado) sur le reste du monde. Cette docufiction de Rouch est très subtile en ce que son propos n’est ni dichotomique ni naïf : elle nous apprend à respecter l’autre, au sens le plus fort de l’altérité, et à nous questionner sur l’importation/exportation de nos modes de vie qui, implacablement, doivent faire avec leur environnement.

Benoît N.

Viva Riva ! : Kinshasa au coeur d’un thriller congolais

24 Nov

Viva Riva !
Viva Riva ! est un film congolais de Djo Tunda wa Munga de 2010. Un film coup de poing, une véritable bonne surprise !

Synopsis. Riva est de retour à Kinshasa après un exil de plusieurs années en Angola où il a fait fortune. Dans cette ville où ceux qui n’ont rien envient ceux qui ont tout, où la pauvreté la plus sombre côtoie les signes (et les scènes) de richesse les plus obscènes, Riva revient pour mener la vie dont il a toujours rêvé, celle des nouveaux maîtres de la ville et de la nuit : sexe, drogue et fêtes sont les ingrédients qui rythment ses journées et ses soirées, et qui doivent faire de lui un homme de pouvoir. Sauf que Riva  a volé l’argent qu’il possède à un truand angolais pour lequel il travaillait, et qui, bien décidé à remettre la main sur son dû (ainsi que sur sa cargaison de carburant que Riva lui a dérobé, et qu’il a pour objectif de revendre à prix d’or dans un Kinshasa sevré d’essence), va le traquer sans relâche dans les rues de la capitale congolaise, n’hésitant pas à employer les méthodes les plus radicales, quitte à répandre le chaos autour de lui…

Viva Riva ! est un thriller haletant qui tient un rythme effréné tout au long du film, malgré quelques maladresses et un côté série B assumé. Surtout, Kinshasa, véritable personnage central, discret et omniprésent, palpitant, est filmé comme Ferrara a pu filmer New York : une capitale à l’oxymore organique, où la richesse d’un tout petit nombre se moque de la détresse du plus grand. Kinshasa, sous la caméra de Djo Tunda wa Munga, s’offre comme un territoire trépidant, énergique et émulsif où tout est possible, où l’on peut errer jusqu’à l’indifférence, sans souci de l’autre, et où la vie côtoie la mort à chaque coin de rue. S’il y a du Ferrara dans Viva Riva ! (on pense notamment à King of New York, chef-d’œuvre générationnel du début des années 90, et film culte), il y a aussi indéniablement, dans ce polar surviaminé, du Benda bilili !, documentaire de Renaud Barret et Florent de La Tullaye qui filmait Kinshasa par le biais de ce groupe de musiciens paraplégiques : on y retrouve la même urgence de la survie et une certaine vitalité, portés par une bande son très entraînante.

Viva Riva ! est aussi un film sur l’amour, exposant les corps dans toute leur sensualité : Riva, tombé fou amoureux de Nora, n’aura de cesse de la conquérir au péril de sa vie, et au mépris de la plus petite prudence. Mais c’est surtout un film sur le pouvoir ou le mirage dévastateur de l’argent, sur la destruction du tissu social, de l’entité même de communauté, lorsque le gouffre s’installe entre les différentes classes de la population, jusqu’à l’irréversible : certains comme Riva sont prêts à tout pour s’en sortir, quitte à écraser son prochain. Ce que nous montre ce film, c’est encore une société mise en danger, vérolée de l’intérieur par son propre vivier : sa jeunesse, désirant vivre une autre vie que celle de leur parent… On ne peut s’empêcher de voir dans le film une allégorie dénonciatrice de nos sociétés occidentales et du vice que le fétiche de l’argent insinue dans les cultures, faisant croire qu’il peut être la solution aux problèmes, ou à une vie meilleure. L’argent, ici, symbolise l’émergence d’un type d’individu et d’individualisme au détriment du concept même de société. En ce sens, on se rappellera à la scène où Riva retourne voir ses parents à la fin du film, et où deux générations, deux cultures, deux éducations se confrontent, s’opposent, ne se comprennent plus : le fils finira par frapper son père (et la tradition qu’il incarne), après que celui-ci l’aura renié, ne reconnaissant plus son fils dans l’individu assoiffé de richesse qu’il est devenu et prêt à tout pour parvenir à ses fins. Sauf que fin souvent rime avec mort.

Viva Riva ! est le premier film congolais depuis plus de vingt ans et le premier à être tourné, en partie, en Lingala. C’est un film rare et un film aux qualités très appréciables qui mérite le coup d’œil pour qui aurait la chance d’en croiser une copie !

Benoît N.

%d blogueurs aiment cette page :