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Roberto Rossellini, « père du néoréalisme »

23 Nov

Roberto Rossellini est né le 8 mai 1906, à Rome. Il grandit dans une famille bourgeoise et cinéphile. Son père construit le premier cinéma moderne de Rome, permettant ainsi à Roberto de fréquenter très tôt les salles obscures. À la mort de son père, il commence à travailler comme bruiteur puis comme scénariste. Il est ensuite monteur, puis doubleur et réalise ses premiers courts-métrages amateurs : Daphné (1936), Prélude à l’après-midi d’un faune (interdit par la censure pour impudicité) et Fantasia Sottomarina, en 1938.

En 1940, sa carrière débute sous le signe du fascisme avec une commande du centre audiovisuel de la marine italienne fasciste : La nave bianca, Un pilote ritorna et L’uomo della croce. À la chute du régime mussolinien, Rossellini réalise Rome ville ouverte (Palme d’or ex æquo au Festival de Cannes de 1946), inspiré par un chef de la résistance et co-écrit avec Federico Fellini. L’esthétique âpre, l’aspect social et la poésie qui se dégage du film contribuent à définir le néoréalisme. Les acteurs sont souvent des gens de la rue plutôt que des d’acteurs professionnels. Païsa renforce cette vision de l’Italie à travers six sketches auxquels collabore à nouveau Fellini ; le film présente une description crue de la réalité sans lyrisme ni pathos.Vision étendue ensuite à l’Allemagne de l’après-guerre avec Allemagne année zéro (1948). En 1947, il tourne La Voix humaine, d’après un long monologue de Jean Cocteau et Le Miracle, formant alors un seul film : L’Amore (1948), avec dans le rôle principal Anna Magnani.

En 1950, Stromboli naît de sa rencontre avec Ingrid Bergman qui deviendra sa femme. Le film développe pour la première fois l’esthétique contrariée du cinéaste : cet équilibre entre récit documentaire et fiction classique. Leur collaboration se poursuit avec Europe 51 (1952), Voyage en Italie (1954), La Peur (1954) et Jeanne au bûcher (1954). Ces films revêtent un caractère intimiste et quasi autobiographique. C’est l’époque où Rossellini est salué comme un des maîtres du cinéma. En 1959, il reçoit un Lion d’Or pour Le General della Rovere. En 1961, il porte à l’écran une chronique historique de Stendhal qui décrit la Rome pontificale, Vanina Vanini. Ses œuvres suivantes sont mal accueillies par le public et la critique. Et après l’échec de Anima nera (1962), film resté inédit en France, le réalisateur abandonne le cinéma et choisit un nouveau mode d’expression : la télévision. Désormais il tourne avec une nouvelle optique: devenir utile. Le cinéaste se consacre alors à la constitution d’un projet encyclopédique pour une télévision adulte, curieuse et responsable : L’Age du fer (1965), La prise du pouvoir par Louis XIV (1966), Les Actes des Apôtres (1969), Blaise Pascal (1972)… En 1974, il revient une dernière fois au cinéma et signe deux films: L’An un et Le Messie (1975).

En 1977, il préside le jury du Festival de Cannes. Il meurt à Rome quelques semaines plus tard, d’une crise cardiaque le 3 juin.

Cin’Eiffel présente jeudi 24 novembre, Voyage à Rome, film dans lequel Rossellini fait une saisissante analyse d’un couple qui menace de se défaire. Cette séance sera animée par François-Guillaume Lorrain, journaliste et écrivain. Il dédicacera son roman, L’année des volcans à 18h45 à la Médiathèque.

Faites votre cinéma à La Médiathèque !

Ciao il maestro ! Nous vous avons tant aimé… Ettore Scola

20 Jan

Ettore Scola est mort ce 19 janvier 2016. Avec lui, c’est l’un des derniers grands maîtres du cinéma italien qui disparaît.

Réalisateur prolifique et très politique, alliant l’humour et le contestataire, figure éminente d’une gauche italienne qu’il n’épargnera pas quand elle trahira ses idéaux, Scola le maestro tourna quelques chefs-d’œuvre.

Il débuta d’abord dans le cinéma comme scénariste : on le trouve ainsi à l’écriture du Fanfaron (que Cin’Eiffel projettera le 26 mai prochain dans son cycle consacré au « Rois du rire ») et des Monstres de Dino Risi. Ce dernier, film à sketches, irrésistible d’humour, de grotesque et de critique sociale, est l’un des fleurons de la comédie italienne et reste une référence indépassable de la comédie sociale.

Le véritable succès international pour Scola arrive en 1974 avec Nous nous sommes tant aimés, radioscopie d’une Italie dans l’immédiat après-guerre dans laquelle trois amis, par leur histoire respective, se perdent de vue. Vision pessimiste d’une société qui ne laisse plus que peu de place aux espoirs et aux projets, à l’amitié et à la solidarité (avec Nino Manfredi et l’immense Vittorio Gassman).

Puis vient Affreux, sales et méchants, récompensé par le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1976. Nous racontant l’histoire d’une famille originaire des Pouilles vivant dans un bidonville de Rome sous l’autorité tyranique du patriarche Giacinto (incarné par Nino Manfredi), ce film est un concentré de mesquinerie et de veulerie, d’obscénité et de scènes du quotidien plus dégradantes les unes que les autres… Tout ce dont l’homme est capable dans l’abjection morale doit être présent ici ! Cruellement drôle, cette « tragédie satirique », comme la qualifie lui-même Scola, nous montre que la misère, annonciatrice du nihilisme le plus noir, est véritablement humiliante et pousse les hommes à devenir affreux, sales et méchants… (Film disponible en VOD, sur La Médiathèque numérique)

Mais son œuvre la plus connue, et aussi beaucoup plus intimiste, est peut-être Une Journée particulière (1977), souvent projetée en classe de terminale pour illustrer la période du fascisme italien. Une Journée particulière est l’histoire d’une double rencontre le 8 mai 1938 : une rencontre d’abord historique, puisque c’est le jour où Mussolini reçoit Hitler à Rome, ce qui donne lieu à une parade monstrueuse dans les rues de la ville éternelle. Mais c’est aussi et surtout, en creux, dans l’intimité des vies privées, la rencontre d’Antonietta (Sophia Loren) – mère de six enfants et femme d’un homme tout ce qu’il y a de plus macho, contrainte de rester à l’appartement pour satisfaire aux tâches domestiques alors qu’elle désirait assister au défilé militaire – et de Gabriele (inégalable Marcelo Mastroiani), intellectuel homosexuel exclu de la radio publique et menacé de déportation en raison de son inclination sexuelle. Cette femme et cette homme que tout oppose, après s’être combattus au niveau de leurs idées, vont au fil de cette journée se rapprocher, comprenant que malgré tout ce qui les éloigne et qui n’est pas rien, ils sont simplement, et tous les deux, des individus seuls et esseulés, sans perspective véritable d’avenir, victime chacun d’une forme d’emprisonnement. Restera cette journée partagée, pleine d’intensité et d’émotions, bouleversante… sur fond de fascisme ordinaire. Une Journée particulière, par bien des aspects, continue d’être un film d’actualité.

 

Citons encore trois films qui ont contribué à la renommée d’Ettore Scola et qu’il faut voir sans tarder : Les nouveaux Monstres (film à sketches réalisé avec Monicelli et Risi, 1977 – disponible en VOD sur La Médiathèque numérique), La Terrasse (1980) et Le Bal (1983).

Ettore Scola est mort. Vive le cinéma italien !

Benoît N.

Les frères Taviani mettent en scène Shakespeare en prison

10 Mar

Vittorio (1929-….) et Paolo (1931-….) Taviani reçoivent d’abord une formation musicale (opéras, spectacles lyriques) en famille durant l’enfance, puis suivent des cours d’Art à L’Université à Pise.

Avec leur ami Valentino Orsini, ils débutent en tant que metteurs en scène de théâtre et fondent un ciné-club. Ensuite, ils se forment, auprès de réalisateurs tels que Luciano Emmer ou encore Roberto Rosselini (Païsa),  au genre du néo-réalisme.

Photo de Paolo et Vittorio Taviani

Les frères Taviani sur le tournage de César doit mourir.

Désormais installés à Rome, les frères Taviani poursuivent leur collaboration  avec Valentino Orsini et tournent entre 1954 et 1959 une série de documentaires dont le premier est un court-métrage d’après leurs souvenirs d’enfance, sur le massacre de la population de leur village par les nazis : San Miniato luglio 1944. Leur premier long métrage, Un homme à brûler (Prix de la critique pour la Meilleure  première œuvre à la Mostra de Venise), sort en 1962. Le travail des trois camarades prend fin avec Les Hors-la loi du mariage en 1963. Les cinéastes enchainent ensuite deux films : Les Subversifs et Sous le signe des scorpions, avec un positionnement politique et moral plus personnel.

Le  succès arrive enfin avec Allonsafan et la reconnaissance internationale avec Padre Padrone (Palme d’or au Festival de Cannes 1977).  Ils sont à nouveau récompensés en 1982 à Cannes pour La nuit de San Lorenzo. Puis ce sont des producteurs américains qui les sollicitent pour faire un film US : Good morning Babylon sort en 1987. Deux ans plus tard, ils réalisent Le Soleil même la nuit puis Fiorile, Les Affinités électives avec Jean-Hugues Anglade et Le Mas des alouettes, co-production principalement française et allemande.

En 2012, retour au genre documentaire avec César doit mourir (Ours d’or du meilleur film à  la Berlinale), sorte de docufiction sur le processus de réinsertion, de reconquête de soi, de la part d’hommes qui ont commis des crimes parfois très graves.

Cin’Eiffel+ a choisi de présenter ce film lors de sa prochaine séance, le samedi 14 mars à 15h00 à la médiathèque Gustave-Eiffel. A l’issue de la projection, une discussion sur le thème « Les vertus libératrices de l’art » sera proposée en présence de Bénédicte Stalla-Bourdillon, comédienne et intervenante en prison qui anime, entre autres, des ateliers de « théâtre et écriture ».

En 2015 doit sortir leur film Maraviglioso Boccaccio,  nouvelle adaptation du Décaméron de Giovanni Boccaccio.

Faites votre cinéma à la Médiathèque !

En passant

Juliette ou les couleurs d’une libération possible

11 Jan

Sandra Milo_photo

La projection de Juliette des esprits a donné lieu, ce jeudi 9 janvier, à une très belle soirée où vous étiez près de 70 spectateurs à découvrir ce très beau film de Federico Fellini.

Premier long métrage du maître italien, le film a pu déconcerter par une structure narrative oscillant sans cesse entre réalité et rêves/fantasmes, nous immergeant toujours un peu plus, de cette façon, dans l’intimité spirituelle de Juliette. Femme abandonnée, confrontée à la lâcheté et à l’hypocrisie de son entourage, comme de la société qu’il incarne, Juliette, en affrontant son passé et en acceptant la tristesse et la déception de sa vie présente, s’ouvrira les voies d’une libération, tant spirituelle, psychologique que sociale : la dernière scène, à ce propos, où Juliette libérée de ses mauvais esprits franchit la grille de sa demeure pour cheminer dans une nature apaisée et apaisante, laissant ainsi son décor de maison de poupée derrière elle (dans tous  les sens du terme), est révélatrice du parcours initié par cette femme pour s’extirper de ses « obligations » – ressenties comme autant d’enfermement.

Film psychologique, mêlant le théâtral et le quotidien, le fantasme et la réalité, carnavalesque par secousses, Juliette des esprits est peut-être avant tout un film visuel où les décors et les costumes magnifiques de Piero Gherardi participent au premier plan du choc chromatique et pictural provoqué chez le spectateur.

Piero Gherardi_photo

Juliette des esprits est en tout point un film original, marquant certainement une transition dans le travail de Fellini. Un film riche, aux références (littéraires, antiques, picturales…) nombreuses, et d’une beauté explosive déconcertante ; mais Juliette des esprits est aussi un film sur la lâcheté de la nature humaine et l’hypocrisie de la société que l’homme civilisé se construit.

Juliette des esprits est un film cruel, qui nous montre les couleurs d’une libération possible.

Benoît N.

Cin’Eiffel 2014 : ça démarre fort !

8 Jan

2014 commence fort, puisque Cin’Eiffel vous propose 2 rendez-vous pour bien débuter l’année en cinéma !

Tout d’abord, jeudi 9 janvier, à 19h30, Cin’Eiffel projette Juliette des esprits de Federico Fellini.
Par bien des aspects, ce film de 1965 s’inscrit dans la continuité de notre précédent, Le Bonheur d’Agnès Varda. En effet, il y est là aussi question de la recherche du bonheur : Giuletta (interprétée par Giuletta Masina, épouse de Fellini à la ville), bourgeoise conformiste dont la vie est entièrement dédiée à l’amour qu’elle porte à son mari, doit faire face à la révélation de son adultère ; commence alors pour elle une exploration et une écoute de ses sentiments les plus intimes, entre rêves et fantasmes, souvenirs et espoirs.
La dimension psychologique et psychanalytique de Juliette des esprits s’insrivent, comme souvent chez Fellini, dans une diffraction de la réalité, tant du temps que de l’espace : si le plan de réalité commun est le quotidien, celui-ci n’a de cesse, par les introspections de l’esprit de Juliette, de pointer vers le passé (souvenirs d’enfance) ou de se projeter vers l’avenir, ou encore de se confronter aux rêves et fantasmes, jusque-là refoulés.
De même, ce plan de réalité oscille en permanence entre ce journalier où la vie se déroule, s’écoule dans la monotonie (sorte de prise de vue de l’Italie des années 60), le théâtral (l’espace rappelle souvent, et quelque fois en références explicites, la scène de théâtre) et le carnavalesque.
Ce qui est remarquable dans ce film, c’est qu’on ne quitte à aucun moment ce plan premier du présent : tout ce qui arrive, tout l’imaginaire, toute l’imagination de Juliette, prennent racine dans son quotidien et leur source dans les obstacles auxquels elle doit faire face. L’histoire de Juliette est celle d’une prise de conscience sur son être : l’imaginaire est alors son moyen à elle pour se libérer (de son mari, de l’amour qu’elle lui porte, du désespoir et du banal que son adultère révèle) et vivre pleinement, enfin, une vie de femme. En cela, Juliette des esprits interroge la possibilité même du bonheur, et son sens.
Par ailleurs, pour poursuivre la comparaison avec le film d’Agnès Varda présenté à Cin’Eiffel le 19 décembre dernier, Juliette des esprits est aussi un film rythmé par la chromatique. Du blanc, du vert, du rouge, notamment, pour rappeler les couleurs du drapeau italien. Le film foisonne de couleurs vives, lesquelles sont un peu plus mises en valeur par de somptueux décors (proches du théâtre) et de très beaux costumes, conférant toujours cette impression d’irréalité (ou sa possibilité même, la possibilité d’un ailleurs, d’une autre vie) au coeur même du réel.

Extrait :

Notre second rendez-vous aura lieu samedi 11 janvier à 15h, dans le cadre de Cin’Eiffel+. Nous projetterons le film égyptien de PM Diab, Les Femmes du bus 678. Le thème de cette séance, que le film nous permettra de réfléchir et de mettre en relief, est : « Entre oppression et rébellion : regard sur la condition féminine en Egypte ». Nous serons, pour cette occasion, accompagnés de représentantes de la section levalloisienne de la Ligue des droits de l’Homme : au delà même du cas égyptien, nous pourrons donc nous interroger plus généralement sur le respect des droits de la femme dans nos sociétés contemporaines.

Bande-annonce

Bon début d’année en cinéma avec Cin’Eiffel !

Benoît N.

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