Tag Archives: Cinéma muet

L’Inconnu : le monstre n’existe que dans le regard des autres

8 Oct

L’Inconnu est un film muet de Tod Browning sorti en 1927.

Dans le cirque Zanzi, perdu dans la banlieue madrilène , Alonzo, un lanceur de couteaux qui a la particularité de ne pas avoir de bras et exécutant tous ses gestes avec ses pieds , se fait oublier de la police . Pour Nanon , sa partenaire qui ne supporte pas les mains des hommes , il apparait comme l’homme idéal . Mais il est  en concurrence avec Malabar . L’homme aux bras musclés réussit à séduire la jeune femme ; alors Alonzo monte  un ultime stratagème pour le tuer mais celui-ci le mènera à sa perte.

Le film a admirablement traversé les années offrant une mécanique dramaturgique aussi condensée que puissante . L’histoire, tout aussi délirante qu’elle soit, est crédible. Tod Browning traite avec L’Inconnu des thèmes déjà récurrents dans ses films : la monstruosité, la duperie, le mensonge, le simulacre et la frustration sexuelle . L’acteur mythique du cinéma muet , Lon Chaney, dit « l’homme aux mille visages », est excellent, proposant toute une palette d’émotion.

Et des émotions, vous n’en manquerez certainement pas car les Monstres sont invités a la Médiathèque le temps d’une soirée ! Ne ratez pas cet événement samedi 11 octobre à partir de 18h à la médiathèque Gustave-Eiffel

Et en plus, L’Inconnu sera projeté dans l’auditorium, dès 18h, accompagné à la guitare par Richard Bonnet, expert en improvisation, pour un ciné-concert, on n’en doute pas, inoubliable !

Affrontez vos propres peurs en plongeant dans l’univers des monstres et libérez le monstre qui est en vous ! Frissons garantis !

Et ça fait le buzz sur tous les blogs : Liseur , Déclic musique et B.R.E.F.

Gwendal Giguelay revisite Tabou de Murnau

14 Avr

Quelle soirée nous avons vécue, jeudi 10 avril, lors du ciné-concert exceptionnel que Cin’Eiffel organisait autour du film Tabou de Murnau !

Nous étions 60, émerveillés, à être venus écouter la performance incroyable du jeune pianiste professionnel Gwendal Giguelay : pendant 1h30, il a improvisé des thèmes musicaux au piano, accompagnant la poésie et la tragédie qui se jouaient sous nos yeux !

A la fin de la projection, l’émotion était palpable. Car que dire devant une telle interprétation… Gwendal Giguelay, par sa sensibilité, son interprétation personnelle du film, son partage, nous a emmenés, avec Murnau, auprès de Matahi et Réri, essayant de vivre leur amour impossible, malgré le tabou touchant la jeune femme.

Tabou

Matahi et Réri : un amour tabou

 

Après son improvisation, Gwendal Giguelay a pris le temps de répondre aux nombreuses questions qui lui ont été posées sur son travail, son approche du film, son parcours artistique. Bien qu’épuisé par son interprétation  – il a confié à quel point une telle performance pouvait être fatigante, notamment en raison du final du film, très long – , il a répondu avec beaucoup de chaleur et de générosité, et  nous a livré en creux sa perception de l’art en général, de la musique et de cet instrument qu’il aime tant : le piano.

Nous garderons longtemps en mémoire, c’est certain, cette synergie entre image et musique.
Un grand merci, encore une fois, à Gwendal Giguelay pour nous avoir procuré de si belles sensations !

Benoît N.

Anna Chevalier: Reri, archétype éternel d’un exotisme troublant

10 Avr

Anna Chevalier est née en 1912 à Bora-Bora.

Friedrich Wilhelm Murnau lui offre son premier rôle dans son ultime chef-d’œuvre, Tabou. Grâce à son personnage de Reri, l’actrice gagne une renommée internationale, mais ne se défait pas du nom et des caractéristiques attribués à ce rôle.

Après le tournage, elle part aux États-Unis avec F.W Murnau qui souhaite la faire danser dans son prochain film. Mais il meurt le 11 mars 1931 dans un accident de voiture et le projet n’aboutit pas.

En 1934, elle tourne dans Black Pearl de Michał Waszyński, puis dans The Hurricane de John Ford et dans L’Ouragan de Emilio Fernández.

Revenue  en Polynésie française, elle y vit reclue et décède en 1977.

Ciné-concert Paris qui dort du jeudi 5 décembre 2013 : un Cin’Eiffel inédit

11 Déc
      Jeudi soir, le premier ciné-concert de Cin’Eiffel a eu lieu à la médiathèque Gustave-Eiffel, dans le cadre de la manifestation « Merci Gustave ! », hommage rendu à Gustave Eiffel.

Richard Bonnet, guitariste et professeur de guitare, expert en improvisation générique, a mis en musique Paris qui dort de René Clair.

Ce film fantastique et muet est le premier film de René Clair. Tourné par un jeune inconnu en 1923, sorti en salle en 1925, Paris qui dort est immédiatement un énorme succès : le gardien de la tour Eiffel se réveille un matin dans un Paris plongé dans le sommeil par un rayon maléfique. On peut y voir une métaphore de l’après Guerre de 14-18 : Paris endormi par une guerre aberrante et destructrice et réveillé par le cinéma, comme René Clair en convenait dans son roman, La Forêt enchantée … Un joli film poétique et anticonformiste, d’inspiration dadaïste, représentatif de l’audace des années folles et d’une recherche de liberté frénétique et radicale. En 1926, René Clair ira encore plus loin vers le surréalisme avec Entracte

Pendant la projection, Richard Bonnet propose un accompagnement musical contemporain, du jazz bien sûr, mais également de la folk, du rock, du blues et également de la musique contemporaine, improvisée à la guitare électrique. Le ciné-concert est unique et toujours surprenant ; on regarde le film autrement, c’est « une prise de risque », une expérience en soi pour le musicien et pour le spectateur. Richard Bonnet admet entraîner le spectateur dans un voyage qui revêt plusieurs dimensions.

Une expérience qu’on renouvellera…

Berlin, Paris. Symphonies urbaines

18 Nov

Pour sa deuxième participation au Mois du film documentaire, Cin’Eiffel et la Médiathèque de Levallois vous proposent une semaine de films documentaires autour des thèmes de la ville et de la modernité. Parmi les 7 films à l’affiche de notre programmation (du 25 au 29 novembre 2013), 2 retiendront plus particulièrement ici notre attention :

  • Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann (scénario Carl Mayer, Photos Karl Freund, montage Dziga Vertov), 1927
  • Etudes sur Paris d’André Sauvage, 1928

Dans les années 20, les milieux artistiques s’interrogent sur les possibilités et les limites du cinéma naissant : l’image animée va-t-elle favoriser de nouvelles recherches esthétiques ? Le cinéma est-il un art ? …

La naissance du cinéma coïncide avec l’avènement de la ville moderne : tramways, automobile, gares, électricité sont autant de révolutions dont les réalisateurs vont immédiatement s’emparer pour tenter toutes sortes d’expériences visuelles et sonores sur la lumière, le mouvement et le rythme.

La ville invente le cinéma documentaire et le cinéma construit une autre ville. Filmer devient un véritable laboratoire des milieux avant-gardistes ; ce mouvement gagne assez largement les grandes villes occidentales : Dziga vertov, Boris Kaufman, René Clair, Eugene Deslaw, Joris Ivens, Henri Storck, Jean Vigo, Paul Strand, John Grierson multiplient les recherches formelles à Paris, New York, Berlin, Ostende ou Odessa.

Les deux premiers films présentés pendant « Le mois du film documentaire » Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttman réalisé en 1927 et Etudes sur Paris d’André Sauvage en 1928 appartiennent à cette mouvance. Chacun à leur manière, les deux réalisateurs définissent les constantes du cinéma documentaire c’est-à-dire la dramatisation de la vie quotidienne des gens ordinaires.

En véritables explorateurs, ils cherchent à filmer le réel de manière inattendue, ils alternent lieux de patrimoine et espaces de travail : banlieues, tours, cheminées d’usines, grues, quais, canaux sont autant de lignes de force qui permettent de jouer avec la verticalité des villes, et d’exploiter toutes les possibilités de l’ombre et de la lumière (surimpressions, trucages optiques).

Ils ont une vision très novatrice du personnage, non pas mis en scène mais pris sur le vif : les baigneurs à la piscine, les marchandes des 4 saisons, les enfants qui rentrent de l’école, les promeneurs, les mariniers et les ouvriers au travail sont filmés dans leurs actions, gestes quotidiens, la plupart du temps, probablement, à leur insu. Sans cesse à l’affût, ils s’ingénient à un travail de cadrage et de prise de vue jamais exploré, audacieux, parfois surprenant (plongées, sujets filmés de dos) pour aller au plus juste, au plus vrai des personnages, de l’époque ou restituer la réalité sociale.

Enfin conscients des possibilités sans limite du mouvement et de l’énergie cinétique, ils créent, travaillent sur le rythme : tout est utilisé en une syntaxe virtuose qui devient le miroir de la modernité : l’agitation des citadins, les cadences des machines, l’écoulement du fleuve, le déplacement des trams…

On peut souligner que dans le film de Ruttmann, la musique d’Edmund Meisel (considéré comme le premier véritable compositeur de musique de films de l’histoire du cinéma) faisait partie intégrante du projet de « symphonie urbaine » : chaque son, chaque motif musical renforce encore l’impression de bouillonnement, d’effervescence, d’énergie des images.

Rendez-vous avec deux pionniers et deux œuvres emblématiques, avec  des lieux et une époque irrémédiablement disparus le mardi 26 novembre à 15H,  dans l’auditorium de la médiathèque Gustave-Eiffel.

Faites votre cinéma à la Médiathèque !

 

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