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Les salles de cinéma mythiques dans le monde

17 Sep

Avez-vous déjà eu l’occasion d’aller au cinéma à l’étranger ? Rien de plus exaltant que de voir un film Bollywood dans la plus ancienne salle d’Inde, le Raj Mandir à Jaipur, de découvrir des films rares, restaurés, proposés par la Cinémathèque de Bologne en Italie ou dans de nombreux lieux du centre historique. Ou encore d’assister à une projection au Paragon Cineplex installé au dernier étage d’un des plus luxueux shopping center de Bangkok en Thaïlande.

Raj MandirLe Raj Mandir

Si vous passez à Jaipur, vous ne pouvez passer à côté du Raj Mandir. Le plus grand cinéma du Rajasthan, inauguré en 1976, est un chef d’œuvre Art Déco. Il faut arriver très tôt, car une longue file d’attente risque d’en décourager plus d’un. Du touriste guide à la main aux familles indiennes, tout le monde veut y aller. Bien plus qu’un cinéma, c’est un monument à lui tout seul, aux aspects de gâteau à la crème. A l’intérieur, un gigantesque hall extravagant avec ses moulures, ses décors en stucs, coquillages, méduses bleues, ses lustres en cristal. Kitsch à souhait ! La salle compte 1885 fauteuils répartis en trois catégories : rubis et émeraude au parterre, diamant au balcon. Côté ambiance dans la salle, les indiens s’expriment ! Ils chantent, dansent, mangent, s’interpellent à grands cris, rient ou sifflent. Les films durent en moyenne… quatre heures ! Côté écran, film bollywood oblige, c’est une explosion de couleurs, de sentiments exacerbés.
Alors oui, aller au cinéma en Inde est une expérience unique.

piazza maggiore bologne La Cinémathèque de Bologne et son festival Il Cinema Ritrovato

La Cinémathèque de Bologne, fondée en 1962 organise  tous les ans au mois de juillet un festival, Il Cinema Ritrovatoqui  propose des films rares ou peu connus. Peu projetés ou redécouverts, ces œuvres du passé peuvent être vues dans les conditions d’hier, en plein air, dans des lieux historiques, et non dans une salle de cinéma, avec parfois un orchestre qui accompagne la projection. De passage à Bologne, j’ai eu l’occasion d’assister à la projection de films sur la superbe Piazza Maggiore. La thématique cette année là était la censure et, parmi les nombreux films présentés, j’ai pu voir Le Mari de la femme à barbe (La donna scimmia) de Marco Ferreri (1964), avec Annie Girardot à la fin de la projection.

Mais aussi Salò de Pier Paolo Pasolini (1976), dont je vous épargnerai la bande-annonce, et encore Le Destin de Youssef Chahine (1997).

En parallèle, si vous ne pouvez pas tout voir (plus de 400 films, gare à l’indigestion !), vous pouvez découvrir des pépites à la foire aux livres.
Incontournable rendez-vous pour tous les amoureux du cinéma.

siam-pavalai-royal-grand-theatre Le Paragon Cineplex à Bangkok

La majorité des cinémas en Thaïlande sont des grands complexes qui diffusent surtout de grosses productions. Situé en plein cœur de Bangkok au 5ème étage d’un énorme centre commercial (le Siam Parangon), on trouve le Paragon Cineplex. On choisit son film sur un écran tactile géant ainsi que sa salle (il en existe une quinzaine). Siège inclinable, avec distribution de pop-corn, massage des pieds de 15 minutes, banquettes pour amoureux, tout est possible au Paragon, à condition d’y mettre le prix (une vingtaine d’euros). Alors oui, on n’y va pas forcément pour la programmation, mais pour l’ambiance, le côté « comme à la maison » avec des prestations digne d’un hôtel 4 ou 5*.

Et aussi, il existe des salles de cinémas hors du commun un peu partout dans le monde :

 

 

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Saviez-vous que Mohamed Ali était « le plus grand » ?

9 Juin

Vendredi 3 juin 2016. Mohamed Ali est mort.

Mohamed Ali, c’est la boxe faite homme, c’est la perfection faite boxe.

Une technique inégalée, un sens de l’improvisation et de l’adaptation inouï qui lui ont permis de remporter les combats les plus épiques et de devenir le maître incontesté des poids lourds pendant près de 15 ans, une vitesse d’exécution et une légèreté dans le déplacement sans communes mesures : tel était Ali le boxeur.

Mohamed Ali 2Mais Mohamed Ali était plus, beaucoup plus qu’un boxeur, en ces temps où l’Amérique et le monde se cherchaient des héros : à aduler, à vilipender ! Ali était une icône : aujourd’hui il entre à jamais dans la légende.

Pour comprendre ce qu’est Mohamed Ali, il faut revoir le fantastique documentaire que William Klein lui a consacré, et que Cin’Eiffel avait projeté le 24 novembre 2011 : Muhammad Ali, the Greatest. De 1964 à 1974, de sa prise de pouvoir chez les lourds au combat du siècle à Kinshasa contre Foreman, Ali n’est pas devenu grand, il est devenu « le plus grand ».

Ali c’était la démesure, la provocation permanente, le génie du bon mot, de la bonne citation : le goût inné du spectacle, de la mise en scène, de sa propre gloire. Et c’était l’engagement, permanent, celui d’un homme presque Dieu dont la voix portait. Il volait comme un papillon, piquait comme une guêpe, mais refusait d’aller combattre au Vietnam car aucun Vietcong ne l’avait jamais traité de nègre. Il s’engageait auprès de Malcom X pour défendre l’égalité des droits entre noirs et blancs car tous les hommes devaient être égaux. Voilà, Ali était un homme au pouvoir considérable, conscient d’être un modèle.

Aucun sportif très certainement n’égalera jamais Mohamed Ali, car son destin s’inscrit dans l’histoire du monde, ses prises de position dans le siècle. De loin le plus grand.

George Foreman, l’un de ses plus coriaces adversaires, le jour même de sa disparition, l’écrira :

« Ralph, Ali, Frazier et moi, nous ne formions qu’une seule et même personne. Une part de moi s’en est allée, la plus grande ».

Mohamed Ali : 1942-2016. The Greatest.

Benoît N.

Le fils de Saul

1 Mar

Grand prix du Festival de Cannes 2015, sorti en salle en novembre dernier, sélectionné pour les Césars 2016 dans la catégorie films étrangers et récompensé le 28 février 2016 par un Oscar, Le fils de Saul est passé sur les écrans sans émotion, reflétant ainsi l’essence de ce film si dérangeant du jeune réalisateur hongrois László Nemes.

Un film sur la Shoah.

– Encore… ont pu dire certains, semblant affirmer que tout a déjà été dit, le pire et l’indicible.

Mais sur le sujet, ce film est unique et dérangeant. Et impossible à qualifier sans le dénaturer car, au fond, il montre la vraie nature de la Shoah : la mort. La déshumanisation. La fin des émotions. L’absence de réaction.  László Nemes ne joue pas sur les émotions. Il les tient tellement (et volontairement) à distance que parfois le spectateur s’étonne de ne rien ressentir d’autre qu’une profonde glaciation intérieure…

Le film déroute d’abord par sa forme : la caméra semble posée sur l’épaule de Saul, le cadrage suit son regard « on découvre les choses dans le plan avec lui », dit le réalisateur, Saul est « notre guide en enfer ». La caméra bouge avec chacun de ses mouvements, produisant une image saccadée et chaotique, avec un effet d’immersion qui décuple le sentiment de confusion et d’irréalité. À cette image se superpose un brouhaha insupportable de cris, d’ordres, de bruits mécaniques et industriels, produisant une sorte de Babel infernal où les langues, les êtres, les choses s’entrecroisent, se bousculent, s’éteignent. Tout se mélange sur l’écran : sons, visions, bruits, cadences, visages, corps, vêtements… avec un effet de distanciation d’autant plus terrifiant que la perception du spectateur est rivée à celle de Saul, regard, ouïe, sensation de mouvement… Un choix que revendique le réalisateur :

C’est un travail de recherche entamé avec mes courts métrages en compagnie du même chef opérateur (Mátyás Erdély), du même ingénieur du son (Tamás Zányi).

Le visage de la déshumanisation

Seul repère dans cet univers dantesque, le visage de Saul, imperturbable, son regard fixe, absent, indifférent : on pense à ces musulmans (« muselmann ») dont parle Primo Levi et d’autres survivants de la Shoah quand ils évoquent ceux qui n’étaient plus que des ombres refermées sur eux-mêmes, « si totalement privés de réactions affectives, d’amour-propre et de toute forme de stimulation, si totalement épuisés, physiquement et psychiquement, qu’ils se laissaient totalement dominer par l’environnement », écrivait Bruno Bettelheim. De ce terme que les nazis utilisaient aussi, on ignore l’origine exacte, posture soumise ou acceptation, forme recroquevillée de ces « hommes-coquillage » selon certaines interprétations puisque, »muschel » veut dire coquille. Quel qu’en soit le sens exact, ils sont ceux qui ont tout lâché : des morts vivants.

Comme le sont les membres des Sonderkommandos, dont la durée de survie n’excédait pas quelques mois. Saul fait partie d’une de ces équipes de déportés dont la tâche assignée au camp les situait à mi-chemin entre bourreaux et victimes. Bénéficiant d’un traitement que l’on pourrait qualifier d’amélioré s’il n’était pire qu’inhumain car, pris parmi ceux dont ils faisaient partie (leur mort programmée étant reportée), les Sonderkommandos étaient chargés de mener les nouveaux arrivants à la chambre à gaz, de les accompagner puis de sortir les corps, avant de faire place nette au plus vite pour l’entrée du convoi suivant.

 

L’obsession et la déraison

Le film semble en mouvement permanent, comme si l’on se glissait dans le corps d’un animal rapide, flairant le danger, courbant le dos, la nuque, le regard, reflétant de façon effrayante la déshumanisation voulue par les bourreaux : cascade de gestes et de déplacements effectués sans âme, sans que la pensée s’en mêle, déconnection totale du corps et de la tête, prélude à la mort de tout et de tous. On suit ce corps devenu machine, outil, instrument participant à l’œuvre commune de mise à mort avant d’être lui-même broyé par le système auquel il est asservi.

Un rythme précipité et régulier, comme un souffle court, reflet d’une urgence absurde, d’un danger permanent mais impossible à analyser avec l’esprit. Seul le corps réagit, agit. Le spectateur se déplace au rythme des mouvements de Saul,  soumis,  happé par la neutralité de ce visage sur lequel rien n’accroche. Dans ce rythme sans équivalent, où la logique et la raison sont abandonnées, une obsession naît à la vue du corps d’un jeune garçon : au mépris de toute prudence ou instinct de survie, Saul veut lui donner une sépulture et trouver un rabbin pour dire le kaddish. C’est une obsession qui tourne à la déraison, mais qu’est-ce qui peut être plus déraisonnable que l’usine d’extermination qu’est Auschwitz ?

L’abandon des vivants

Tout à coup, seul importe pour Saul  le corps de l’enfant, c’est-à-dire le grain de sable dans le processus de déshumanisation : l’infime résidu humain qui réveille le sentiment et provoque chez Saul (et le médecin) une réaction. Sous le visage  impassible de Saul, se déroule alors l’histoire d’une absurdité, goutte d’eau dans un monde où l’absurde est devenu règle. Le fils de Saul, c’est ainsi l’histoire d’une déraison, d’un délire, d’un homme qui veut enterrer un fils qu’il n’a peut être jamais eu.

Mais qu’importe. La logique n’a plus de place dans cet univers où l’impensabilité prime sur la capacité à penser.

Qu’importe ce que l’on vit, qu’importe la tentative de révolte du Sonderkommando, qu’importe la volonté de laisser un témoignage de ce qui se passe dans le camp avec un appareil photo volé et caché, qu’importe de garder les traces d’une extermination massive dont on dissout les cendres dans la rivière… Le seul temps est le présent, l’urgence de l’instant, la seule certitude et la réalité, la mort. Tout est vain quand on est mort.

« Tu as abandonné les vivants pour un mort », reproche un autre membre du Sonderkommando à Saul.

La voix des cendres

des-voix-sous-la-cendrePour faire ce film, le réalisateur László Nemes et sa scénariste Clara Toyer se sont énormément documentés. Evidemment avec Shoah de Lanzmann mais aussi grâce à des historiens, des témoignages, et à ces rouleaux d’Auschwitz, ultimes tentatives de transmission (Des voix sous la cendre publié par le Mémorial de la Shoah) .

Le film a été tourné en 35 mm et non en numérique, avec une lumière volontairement froide et quasi « industrielle », donnant un film aux couleurs ternes, sans nuances, dont je ne sais plus si la teinte grise permanente est le fruit de mon imagination ou la réalité du film.

Le fils de Saul nous mène au-delà du possible, là où rien ne peut être appréhendé avec les outils habituels de compréhension et d’analyse. Sur l’écran, dans la salle, comme dans ces lieux de mort, plus rien n’a de sens. Sauf cette prière, dernière volonté d’un humain pour un autre. Ce fils à enterrer est l’étincelle, le sursaut de quelque chose d’immatériel et indestructible, quelque chose qui pourrait être le sentiment d’humanité. Pourtant, à Auschwitz, l’humanité est vaincue : dans l’usine à tuer, il n’y a ni héros ni survivant. Ainsi nous rappelle László Nemes :

La Shoah, c’est la mort.

« Tant que des hommes mourront, la liberté ne périra pas »

16 Jan

La caricature a toujours été une arme pour dénoncer les obscurantismes et les dictatures en tout genre.

Mais une arme esthétique, artistique et pacifique.

Une arme dont a su aussi s’emparer le cinéma.

Quel meilleur exemple, en ces temps troubles où il faut réaffirmer haut et fort notre absolue liberté de pensée et notre droit fondamental à la liberté d’expression, en ces temps où il ne saurait être question de concéder la moindre parcelle de notre liberté, que de voir et revoir et revoir encore Le Dictateur de Charlie Chaplin !

Le dictateur

L’un des plus grands films de tous les temps qui s’achève sur un programme : sauver l’humanité en chacun de nous.

« Seuls haïssent les dénaturés » nous dit Charlot ! Les dénaturés, ce sont les décérébrés ; ce sont ceux qui nous refusent notre droit à réfléchir et donc à décider par nous-mêmes ; ce sont ceux que les lumières, donc la raison, a abandonnés ; les dénaturés, ce sont les imbéciles qui ne savent qu’exécuter des ordres sans se poser de questions ; ce sont encore tous ceux qui ne comprendront jamais ce qu’est un peuple, ce qu’est la laïcité, ce qu’est la tolérance : toute les valeurs qui permettent le vivre ensemble ; les décérébrés, ce sont enfin les terroristes, qu’ils posent des bombes, qu’ils planifient des lois contraignantes, qu’ils embrigadent nos pensées !

Le Dictateur est une réponse par le rire à cette absurdité.

« Tant que des hommes mourront, la liberté ne périra pas. »

Benoît N.

Douglas Sirk et le mélodrame

24 Oct

Encore 70 personnes présentes, jeudi 23 octobre, pour la projection de Le Temps d’aimer et le temps de mourir, amateurs de mélodrame et admirateurs de Douglas Sirk. Comment ne pas l’être d’ailleurs, c’est du grand Sirk qu’on a vu hier soir.

1944, les Allemands sont enlisés sur le Front russe, Ernst Graeber, obtient tout de même une permission. Il trouve sa ville dévastée et sa maison enfouie sous les décombres.
En partant à la recherche de ses parents, il rencontre Elisabeth Kruse, ils tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre et, parce que l’avenir est devenu incertain, ils décident de se marier et de profiter pleinement des ces trois semaines de répit. Les bombardements sont de plus en plus fréquents et Ernst doit repartir pour le front…

Inspiré par le roman d’Erich Maria Remarque (exilé allemand comme lui), Le Temps de vivre et le temps de mourir, Douglas Sirk a réalisé un film très subtil : guerre dématérialisée dans un décor de décombres, détails réalistes et sans manichéisme rendent le tragique et l’absurdité de la guerre, car ici « la péripétie providentielle », élément clé de tout mélodrame, c’est la guerre elle-même : que reste-t-il de l’Allemagne après la guerre? Qui est coupable ? Quelle est la responsabilité de chacun ?

Jean-Luc Godard, défend Le Temps d’aimer et le temps de mourir dans « les cahiers du cinéma ».

Et puis le film est beau, le réalisateur élabore avec virtuosité des cadrages parfaits, il joue avec les contrastes, la lumière, il exploite avec élégance les symboles.
Le Temps d’aimer et le temps de mourir est probablement son film le plus personnel, parce qu’il y met beaucoup de sa propre histoire : Sirk avait eu un fils en Allemagne avec sa première femme ; immédiatement acquise aux idées du National socialisme, elle lui refuse de revoir ce fils dont elle a la garde. Parti pour le front russe, Klaus est tué en 1944 ; Sirk n’a jamais pu revoir son fils. Le film est hanté par ce que Sirk imagine avoir été les dernières semaines de la vie de son fils.
Le film programmé hier soir est le 3ème et dernier volet de notre cycle « Chants de guerre, d’amour et de mort » : 3 films réalisés entre 1957-1959 que nous avions imaginés comme un triptyque : regards croisés de 3 grands réalisateurs russe, italien et américain sur les mêmes questions : est-il possible d’avoir un destin amoureux durant le cataclysme que fut la Seconde Guerre mondiale ? L’extrême brièveté de l’amour en temps de guerre lui confère-t-elle cette intensité particulière?

Nouveau cycle, jeudi 6 novembre : « Règlement de compte », qui débute par Les Dames du bois Boulogne de Robert Bresson, terrifiante vengeance de femme…  En regard, les aventures présidentielles de Madame Trierweiler vous sembleront bien fades !

Faites votre cinéma à la médiathèque !

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