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En passant

Mustang : éprises de libertés

2 Avr

Cin’Eiffel part à la rencontre des jeunes talents du 7 au 16 avril.

Et Les Rencontres de Cin’Eiffel commencent avec la projection de Mustang, sur le grand écran de la médiathèque Gustave-Eiffel, le jeudi 7 avril à 19h30.

Synopsis : C’est le début de l’été. Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues. La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Mustang2Tout commence dans la joie et la bonne humeur, avec des jeux d’adolescents : des filles et des garçons qui s’amusent, flirtent ensemble, sans outrance et dans la fraîcheur qu’autorise leur âge.

Oui mais… Même si cette histoire se déroule dans les années 2010, elle a lieu dans une partie reculée de la Turquie, encore soumise à la pression traditionnaliste d’une certaine expression religieuse.

Et ce qui s’annonçait comme une chronique habituelle de la légèreté adolescente va se transformer en un hymne à la liberté et au droit à aimer et à vivre sa vie ! Simplement.

Mustang a reçu 10 prix dont 4 César : Meilleure première œuvre, Meilleur montage, Meilleur scénario original et Meilleure musique.

Mustang est le premier long métrage de Deniz Gamze Ergüven, une « cinéaste de demain » à suivre !

Benoît N.

Wadjda, un hymne à la liberté en pays musulman

19 Nov

Retour sur notre deuxième séance de Cin’Eiffel+ de l’année, qui a eu lieu ce samedi 15 novembre 2014 et qui avait pour thème : « S’émanciper de la tradition ». Le film sélectionné, Wadjda, a éveillé votre curiosité puisque vous étiez une cinquantaine de spectateurs à assister à sa projection.

Sorti en 2013, Wadjda est le premier grand film saoudien et, surtout, est signé par la première réalisatrice du pays, Haifaa al-Mansour. Un événement dans une société où les femmes ont une liberté limitée à ce que les hommes veulent bien leur accorder. Le film était en lice pour les Oscars 2014 dans la catégorie « meilleur film étranger ». Il a obtenu le Prix du Meilleur Film Art et Essai à la Mostra de Venise 2012.

SYNOPSIS: Wadjda, douze ans, habite dans une banlieue de Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite. Bien qu’elle grandisse dans un milieu conservateur, c’est une fille pleine de vie qui porte jeans et baskets, écoute du rock et ne rêve que d’une chose : s’acheter le beau vélo vert qui lui permettra de faire la course avec son ami Abdallah. Mais au royaume wahhabite, les bicyclettes sont réservées aux hommes car elles constituent une menace pour la vertu des jeunes filles. Wadjda se voit donc refuser par sa mère la somme nécessaire à cet achat. Déterminée à trouver l’argent par ses propres moyens, Wadjda décide alors de participer au concours de récitation coranique organisé par son école, avec pour la gagnante la somme tant désirée.

A l’issue de la projection, vous avez pu échanger vos impressions avec des intervenantes de la Ligue des droits de l’Homme, qui nous avaient déjà fait l’honneur en tout début d’année de leur présence pour le film : Les Femmes du bus 678. Cette fois encore, elles ont élargi le débat à la parité hommes/femmes partout dans le monde ; une cause qui est loin d’être acquise et qui ne vous a pas laissé indifférents.

Si vous avez manqué cette rencontre, vous pouvez toujours emprunter le DVD à la médiathèque Albert-Camus.

cine logo1Cin’Eiffel+, c’est un film pour un thème d’actualité à destination de toute la famille. Venez réfléchir, discuter et débattre avec nous, autour de questions fortes de société. Pour la prochaine séance, le samedi 10 janvier 2015 à 15h, nous vous proposerons, Louise Wimmer un film français de 2012, avec pour thème : « Face à la précarité : à la reconquête de soi ».

Où sont les femmes ?

3 Mai
Profession réalisatrice

Germaine Dulac, Agnès Varda, Marguerite Duras, Nina Companeez, Nelly Kaplan, Chantal Akerman, Claire Denis, Catherine Breillat, Nicole Garcia, Anne Fontaine, Mia Hansen-Love pour ne citer qu’elles parmi les cinéastes françaises ou francophones. De grands noms, synonymes de grands films, de chef-d’oeuvre pour certains, contribuant à l’histoire du cinéma.

Citons, presque au hasard, Cléo de 5 à 7, La Fiancée du pirateJeanne Dielman ou encore Trouble every day. Beaucoup de réalisateurs seraient bien inspirés de faire de tels films !

Et pourtant, les réalisatrices, dans le cinéma français, ne représentent que 23% de la profession, selon une étude récente du CNC, demandée par la ministre de la Culture et de la communication Aurélie Filippetti. A l’image du reste de la société française, il semble plus difficile pour une femme de réaliser un film que pour un homme. Si les raisons semblent connues depuis des lustres, des solutions efficaces peinent à être trouvées…

L’article qu’y consacre Madame Figaro est à ce titre intéressant et instructif… On pourra utilement le compléter par celui de Next (Libératiion), sur les inégalités persistantes dans l’industrie du cinéma. Et ce que ces articles dénoncent du point de vue d’un corps de métier est généralisable à l’ensemble de notre société !

Reconnaissance : quelle reconnaissance ?
Affiche du 36ème festival international du film de femmes de Créteil

Affiche du 36ème festival international du film de femmes de Créteil

Le questionnement sur le sexisme dans le monde du cinéma n’est bien sûr pas récente. La polémique qui a suivi l’annonce des films sélectionnés au festival de Cannes 2012 n’a été qu’un tout petit révélateur d’une situation déséquilibrée sans motif recevable (2012 : aucune réalisatrice dans la compétition officielle du festival de Cannes ; en 2013, Valéria Bruni-Tedeschi est la seule représentante féminine) – ce qu’avait, à l’époque, critiqué le site Slate.fr.

Pour simple rappel :

– Jane Campion : seule femme à remporter la Palme d’or du festival de Cannes, en 1993, pour La Leçon de piano

– Kathryn Bigelow : première femme, en 2010, à remporter l’Oscar du Meilleur réalisateur pour Démineurs

– Toni Marshall : seule réalisatrice à avoir remporté le César du Meilleur réalisateur pour Vénus beauté institut, en 2000

Pour être honnête, notons tout de même que le festival de Cannes, cette année, a fait un effort, dans la composition de son jury en tout cas, puisqu’elle respecte la parité !

C’est pourquoi, aussi, des manifestations existent pour faire connaître et reconnaître le travail cinématographique des femmes (puisque l’on est encore aujourd’hui obligé d’en passer par ces actions…) : nous pensons particulièrement à l’excellent festival international du film de femmes de Créteil, qui a pour ambition de promouvoir la réalisation des femmes au cinéma, et aussi de donner un coup de projecteur susceptible d’en aider certaines à être diffusées.
Peut-être qu’un jour, nous n’aurons plus besoin d’effectuer la distinction entre films de femmes et films d’hommes ; peut-être jugera-t-on simplement de la qualité d’un film à partir du film même… Mais force est de constater que nous sommes loin d’en être à une telle maturité…

 Voir les films

En attendant, le meilleur moyen de tordre le coup aux idées reçues et à l’inégalité persistante entre homme et femme au cinéma, la meilleure réponse à apporter du point de vue de l’acte créatif, est encore de voir les films !

Arte Vod nous offre la possibilité de découvrir ou redécouvrir des films récents réalisés par d’excellent(e)s cinéastes qui se trouvent être des femmes. Nous vous conseillons donc :

– Un Château en Italie de Valéria Bruni-Tedeschi
– 17 Filles de Muriel et Delfine Coulin
–  Henri de Yolande Moreau
– Polisse de Maïwenn
– Grand central de Rebecca Zlotowski
– Un Amour de jeunesse de Mia Hansen-Love

Benoît N.

 

En passant

Sorties de « Bureaux »

25 Mar

 

La projection des Bureaux de Dieu de Claire Simon le samedi 15 mars a donné lieu à une riche discussion pour laquelle nous remercions le public, aussi attentif que réactif !

Les éclairages apportés par Sophie Lortat-Jacob, conseillère conjugale et familiale au Centre de planification de Levallois, répondaient à des questions qui ont porté principalement sur 2 aspects :

Les choix de réalisation

Et en premier lieu le casting : des actrices professionnelles averties face à des amateures, dans le but de préserver la spontanéité de la rencontre et de la parole. En mettant ainsi en scène ces entretiens qui font intervenir des femmes et des jeunes filles d’âges, d’origines et de milieux différents, le film brosse un tableau de toutes sortes de difficultés que les femmes rencontrent, en alliant l’authenticité de la parole et l’universalité de la condition féminine. Plusieurs spectatrices ont d’ailleurs souligné la qualité de l’interprétation de ces actrices non-professionnelles.

Un filmage contrasté : une caméra virevoltante, en adéquation avec l’intensité de ce qui se déroule au sein des bureaux mais, en revanche, des plans resserrés sur les visages lors des entretiens, qui marquent autant les états d’âme des consultantes que l’écoute active des conseillères. La qualité des silences qui ponctuent les échanges, la communication non-verbale qui s’avère déterminante pour appréhender ces situations particulières sont très bien rendus à l’écran.

Le métier de conseillère conjugale et familiale : sa formation, son rôle et sa réalité professionnelle

Sophie L.-J. est revenue pour nous sur cette formation : une professionnelle, titulaire de l’agrément au conseil conjugal et familial, délivré par le Ministère des Affaires Sociales,  après une formation de 3 années ; astreinte à une formation continue permanente, ainsi qu’à des supervisions régulières (analyse de pratique) et tenue au devoir de confidentialité. Dans la fiction, comme dans la réalité, chaque entretien auquel on assiste expose une situation et des réactions émotionnelles. La conseillère – neutre par définition – écoute, rassure, informe, aide les femmes et les jeunes filles à y voir plus clair ou à prendre une décision.

Cette décision peut concerner une Interruption Volontaire de Grossesse. Le délai légal pour procéder à une IVG est évoqué dans le film, c’est pourquoi Sophie L.-J. a spécifié certains éléments liés à la légalité du recours à l’IVG, toujours d’une grande actualité car encore sujette à controverses. Elle est aussi revenue sur la différence existante entre les Centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) organisés et financés par le Conseil général et le Planning Familial, associatif et militant, dont la notoriété génère une certaine confusion dans l’esprit du public. Ceci étant, Les Bureaux de Dieu (qui sont ceux du Planning) est un film sur le désir des femmes de contrôler leur fécondité, sur leur vie sexuelle et affective, non pas sur le féminisme. Une interrogation a par ailleurs émergé autour des parcours de vie et plus spécifiquement de la grossesse comme incarnation du désir inconscient de certaines des consultantes dans le film, malgré un contexte défavorable : quand le sentiment amoureux « prend corps »…

Un point a opportunément été fait sur l’accompagnement par les Centres de planification des mineures souhaitant mener leur grossesse à terme ainsi que sur les solutions proposées dans l’optique d’un accouchement sous X. Un autre aspect du travail a été souligné : celui de la prévention des risques et d’éducation à la sexualité dans le milieu scolaire, très insuffisant malgré la loi du 4 juillet 2001 qui prévoyait pourtant « qu’une information et une éducation à la sexualité soient dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins 3 séances annuelles ». Sophie L.-J., de son côté, mène régulièrement des actions de sensibilisation par le biais de réunions au sein de certaines écoles primaires et du collège.

Pour finir, il a été question de la place des hommes, encore discrète, en ce domaine. D’après notre conseillère, qui en a tout de même reçu quelques-uns, la question de la présence du père en consultation est « celle que l’on veut bien lui laisser ». Si Les Bureaux de Dieu est un film singulier, c’est parce qu’il s’y dit des choses que le cinéma, sans doute parce qu’il est majoritairement masculin, mais aussi et surtout parce qu’il ne s’intéresse pas à ces « affaires »-là, laisse habituellement pudiquement de côté…

Rendez-vous pour un autre débat lors de la prochaine et dernière séance Cin’Eiffel+ de la saison samedi 5 avril avec le documentaire de Sébastien Lifshitz Les Invisibles autour de la thématique : « Tous différents, tous égaux : se choisir » !

« Les Bureaux de Dieu » : quand les femmes se racontent

11 Mar

 

Présenté en 2008 à la Quinzaine des réalisateurs, Les Bureaux de Dieu de Claire Simon se situe à la frontière entre  fiction et documentaire. La réalisatrice de Ca brûle (2006) y filme des actrices connues dans le rôle de conseillères du Planning familial. Nathalie Baye, Béatrice Dalle, Isabelle Carré, Rachida Brakni, Nicole Garcia, Marie Laforêt, Anne Alvaro et d’autres encore, ont à charge de recevoir la parole des femmes qui viennent les consulter. En face d’elles, de jeunes comédiennes non professionnelles leur confient leurs angoisses sur la contraception, la grossesse, l’avortement…
Claire Simon a mis ces actrices de renom en situation de ressentir la même émotion que celle qu’avaient éprouvée les femmes du Planning : c’est au dernier moment qu’elle leur a présenté leurs partenaires et révélé l’histoire à laquelle elles étaient confrontées, de façon à filmer leur trouble putôt que leur technique d’interprète. Dans une série d’entretiens filmés en de longs plans-séquences, ces duos de comédiennes rejouent ainsi certaines des rencontres auxquelles a assisté Claire Simon pendant le temps qu’elle a passé dans un bureau du Planning familial de Marseille (entre 2000 et 2007), et qui ont servi de matière à son scénario.
La vie dans les bureaux du Planning, elle, est recréée sans effet démonstratif, rendant aux militantes leur fragilité d’être, hors des heures de travail ; des bribes de fiction s’esquissent, qui façonnent le bureau comme une entité vivante, et donnent au film, comme l’a très justement dit Nicole Garcia, une structure de « chant polyphonique ».

Les Bureaux de Dieu parle bien sûr des femmes, puisque tout le film est centré sur leur vie sexuelle et affective : demande d’un moyen de contraception, peur d’une grossesse non prévue, questionnement autour de l’IVG…, autant de questions assez sommairement abordées sur le plan pratique et plus longuement d’un point de vue psychologique. Mais, en creux, le film concerne également les hommes : conjoint, père, fils…,  et leur sentiment vis-à-vis de l’intimité des femmes qui leurs sont proches. C’est pourquoi l’importance d’une écoute professionnelle (donc neutre) de ces diverses paroles féminines – aussi bien que leurs non-dits – , sera au coeur de la séance Cin’Eiffel+ du samedi 15 mars.

Sophie Lortat-Jacob, diplômée du Centre de formation au métier de conseiller conjugual et familial (affilié à la Fédération – aconfessionnelle et apolitique – « Couples et familles ») et membre de l’Association Nationale des Conseillers Conjuguaux et Familiaux (ANCCEF), travaille au Centre de planification départemental à Levallois depuis quatre ans : elle animera la discussion autour du thème « La contraception : une affaire d’écoute et de liberté assumée ».

Faites votre cinéma – en famille – à la Médiathèque !

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